Lectures de HalimaDoula

Trois fées pour un plaidoyer

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« replacer la grossesse et la naissance dans leur contexte
humain, affectif, émotionnel »

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Lors de ma première formation pour devenir doula, j’ai passé quatre jours avec la gynécologue-obstétricienne Corinne Gere. Le personnage m’a autant plu que le contenu de son exposé. Curieuse d’aller plus loin dans les questionnements auxquels elle nous confrontait, j’ai déniché ce livre dont elle est co-autrice. Un écrit comme je les aime.

Posant plus de questions que donnant de réponses, ce livre « donne des claques » et ébranle de nombreuses croyances…j’adore! Utile pour les accompagnant·e·s et pour les futurs parents, ne l’ouvrez pas si vous n’êtes pas disposé·e·s à vous remettre en question!

Le livre se présente comme une conversation au coin du feu entre trois amies, chacune spécialiste de la maternité à sa manière. Il se termine par un bref index permettant une meilleure compréhension des concepts cités. Plutôt que de vous résumer ce livre qui vaut vraiment le détour dès la question du désir de devenir parent, je vous cite ci-dessous quelques extraits.

« Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette vie avant la naissance, sur la réalité de l’Être dès qu’apparaît le désir d’enfant, dès que se réalise cette interaction exceptionnelle entre la femme et l’enfant. » p.8

« Manque de considération pour la vie affective, manque d’espace pour laisser les cœurs s’exprimer et battre au rythme de leurs émotions, manque de temps pour se dire, être écouté et entendre. Trop plein d’interventions, de médicalisation, d’informations et de désinformations. Un trop qui dénature la naissance, l’aseptise et la vide de son sens. » p.12

« le chemin qui va du désir d’enfant aux premiers mois du tout petit. Notre culture du plaisir immédiat et du virtuel voudrait ce chemin rapide, direct, organisé, sans fausses notes, parfaitement géré. On demande à la médecine d’être toute-puissante, de maîtriser le corps pour qu’il réagisse sans faille et au moment voulu à ce que l’on attend de lui. La médecine prétend répondre à cette demande. Du coup, elle n’a plus le droit à l’erreur et se remet peu en question. Lorsqu’une difficulté se présente, la fuite dans l’illusion et le faux-semblant devient la norme. Plus personne n’accepte de simplement vivre les choses telles qu’elles sont. » p.12

« C’est au nom du court terme et du refus du risque que nous demandons à la médecine d’être toute-puissante, de nous épargner tout échec et toute souffrance. Or la médecine n’est pas omnipotente et la pratique médicale connaît, elle aussi, son lot d’imprévus. » p.14

« Nous sommes femmes et la Vie se sert de nous pour se perpétuer. Nous savons qu’elle est joie et force. Nous savons qu’elle est souffrance. Nous savons qu’elle est précieuse. Et nous voulons le dire fermement. » p.15

« Où se situe le désir du père? Les hommes aussi ont besoin de se perpétuer dans leurs enfants. » p.22

« Quand je fais des accompagnements de couples en difficulté de procréation, je suis souvent amenée à leur demander ce qu’ils pourraient créer ensemble d’autre qu’un enfant. Quand ils arrivent à trouver une ou des réponses, cela les aide à sorti de la castration et du deuil qu’ils vivent. » p.28-29

« Quand il n’y a pas de barrière pour signifier que le chemin est coupé, il est difficile de modifier son itinéraire, de réinvestir ailleurs et d’élaborer autre chose. A moins qu’elle n’ait plus d’utérus, la femme garde toujours l’espoir d’une grossesse. Certains couples peuvent passer des années de leur vie dans une quête d’enfant qui n’aboutira peut-être pas. Ils vivent l’énorme souffrance des échecs répétés. Celle-ci les aigrira ou les mûrira. Par contre une incapacité claire même si elle est douloureuse à vivre sur le moment, force davantage à trouver d’autres solutions. Du reste, certains couples le comprennent et renoncent à poursuivre les fécondations in vitro après quelques vaines tentatives. Quand les limites reculent, les échecs sont d’autant moins acceptés. » p.30

« La notion de désir d’enfant a-t-elle préexisté à la contraception ou est-ce la contraception qui l’a créée? » p.32

« La contraception permet de ne pas avoir d’enfant et un raccourci s’est opéré dans les esprits. On en est venu à imaginer que son arrêt entraîne d’emblée une grossesse, ce qui n’est évidemment pas le cas. Le ‘surtout pas d’enfant maintenant’ devient un ‘surtout un enfant tout de suite’. On retrouve dans le désir d’enfant les mêmes exigences de réalisation que celles que l’on demandait à la contraception dans sa fiabilité : tout, tout à fait et tout de suite. » p.33

« C’est vrai qu’avec la famille nucléaire, cette dernière [autorisation psychique de devenir mère] est moins naturelle et automatique. Dans les familles élargies, chacun était témoin des grossesses, des naissances à domicile, des allaitements, … Dans les cultures traditionnelles, tout le monde habite dans la même pièce, les gens font l’amour en dessous d’une couverture, à côté des enfants qui dorment. Maintenant l’information concernant la sexualité est scientifique : on prend un bouquin et on explique aux enfants. Avant c’était le quotidien de la vie qui l’enseignait. » p.35

« Les méthodes naturelles sont assez contraignants, elles nécessitent une bonne connaissance et une observation de son corps, ce qui est actuellement assez rare chez les jeunes femmes. J’observe plutôt une ignorance des mécanismes du corps et une mise à distance de celui-ci : se regarder, se toucher, s’accepter comme on est, devient de plus en plus difficile, voire dégoûte. » p.43

« le pourcentage de réussite des fécondations in vitro est exactement le même que celui des grossesses spontanées. » p.60

« Il y a aussi les femmes qu’on refuse dans certains services universitaires parce qu’elles ne correspondent plus aux critères de changes de réussites, par exemple parce qu’elles sont obèses. elles sont refusées parce qu’elles font baisser les statistiques. » p.61

« La question importante à se poser est donc : pourquoi voulons-nous un enfant et quelle place sommes-nous prêts à lui faire dans notre vie ? Quelle place symbolique, ce qui est déjà une grosse question, mais aussi tout simplement quelle place concrète, matérielle, pratique ? » p.67

« Je vois tous les jours combien une écoute empathique, respectueuse peut faire vivre plus facilement des épreuves difficiles, et peut permettre d’entamer un travail d’acceptation de leurs problèmes médicaux et de leur destin. » p.72

« la grossesse correspond à une période de marge, où la femme va dans une sorte de « no man’s land » entre ce qu’elle était et ce qu’elle va devenir, comme s’il lui fallait changer de peau. Cette sorte de mue, de restructuration est nécessaire pour pouvoir entrer dans l’autre territoire qui est, dans ce cas-ci, celui de la maternité. » p.78

« Je remarque que bien souvent, au lieu de rassurer et de protéger contre l’angoisse, le moule médico-technique ébranle la confiance des couples dans leur bébé. Mère et bébé sont l’objet d’une inquiétude généralisée qui considère le fœtus comme hautement suspect d’être non conforme, et la femme enceinte comme susceptible de présenter toutes les complications de la grossesse. Sa parole a peu de place, ses demandes d’explications, ses angoisses exprimées ou non paraissent même parfois incongrues. » p.83-84

« La dérive, c’est de considérer toutes les grossesses comme pathologiques et dès lors de pratiquer tous les examens préventifs à tout le monde, sans cibler les personnes à risque. » p.88

« c’est un leurre de penser que l’on va réduire les souffrances de ces couples et familles en faisant le diagnostic plus tôt et en leur proposant l’avortement thérapeutique » p.91

« La démarche échographique semble ignorer le vécu sensoriel et émotionnel du bébé et de sa mère. » p.94

« Il arrive fréquemment que, lors d’un échographie pratiquée pour vérifier un point précis, lorsque les parents s’adressent au bébé en lui demandant de montrer la partie de son corps qui devrait être examinée, celui-ci réponde à leur demande, car il existe un dialogue parents-bébé. » p.99

« Chacun considère qu’à l’heure de la contraception et de l’avortement dépénalisé, la femme enceinte devrait rayonner de bonheur et ne pas douter de son choix. Or, beaucoup de femmes expriment une dualité » p.105

« Accordage : terme psychologique qui décrit le processus d’adaptation de la mère au bébé. » p.260

« Maternalité : terme psychologique décrivant le processus de devenir mère. » p.262

Vous voulez en lire plus? Contactez-moi au sujet du désir d’enfant, de la contraception, du suivi médical et des pratiques qui le complètent, comme l’accompagnement par une doula. Vous pouvez aussi emprunter ce livre contre caution, avec possibilité d’envoi postal.

Trois fées pour un plaidoyer – L’éloge d’une naissance amoureuse et consciente
de Brigitte Dohmen, Corinne Gere, Christiane Mispelaere
Date de parution décembre 2013
Editeur Amarys Eds
ISBN 978-29-303-5321-0
Format Broché
Nb. de pages 276