Lectures de HalimaDoula

Extraits

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HalimaDoula couverture Dolto

« C’est un scandale pour l’adulte que l’être humain à l’état d’enfance soit son égal. » p.13

« Il n’est de meilleure préparation à l’information sexuelle que d’être initié dès la petite enfance au langage de la vie qui rend compte par la métaphore de toutes les fonctions du corps. » p.27

« Ce n’est pas la pratique du sport purement compétitif et le langage abstrait, très conceptualisé depuis l’âge de huit ans, qui peuvent aider un enfant à vivre en intelligence avec son corps. » p.27

« La fin du sexisme, de la fausse rivalité et de la psychose d’aliénation machiste passerait par un plus grand respect de la personne se l’enfant, et de son autonomie, ce qui implique une meilleure vitalité sexuelle et amoureuse entre adultes couplés, parents. » p.46

« La plus grande mobilité des familles ne rouvre guère aujourd’hui cet espace trop protégé, car on véhicule de porte à porte les enfants et les grand déplacements pour les parcours quotidiens se faisant de plus en plus rapides, l’espace traversé devient comme irréel, sans relation avec les habitants de ces lieux. » p.53

« La technique a mis fin à la promiscuité familiale. Mais elle a chasséen même temps la convivialité. Dès que l’on a pu chauffer plusieurs pièces, les enfants ont eu des chambres séparées de celle de leurs parents. » p.54

« Avec le double internement – familial et scolaire, l’espace concédé à l’enfant des villes, s’est donc rétréci de plus en plus. Et ce qu’il en reste est verrouillé, balisé, jalonné d’interdictions. » p.59

« Le trajet à pied vers l’école permet aux enfants de voir le monde qui existe » p.59

« Les élèves font une expérience de leur corps à l’extérieur, ils ont un espace où ils se sentent responsables d’eux-mêmes, et de ce fait, quand ils rentrent en classe, leur esprit est très attentif parce que tout leur besoin de motricité a été employé. » p.60

« La concentration mentale est possible après une grande dépense du corps, des cris, des rires, des émotions. » p.60

« La société moderne a modelé et détruit peu à peu l’espace où les enfants peuvent découvrir leur schéma corporel, observer, imaginer, connaître les risques et plaisirs. L’enfermement reproduit hypocritement le concept de la vie des prisons. Le pouvoir discrétionnaire avec lequel les adultes restreignent la civilisation des petits est un racisme d’adulte inconscient exercé à l’encontre de la race-enfant. » p.63

« Hier le petit bébé était transporté d’un endroit à un autre au rythme du pas, ce qui ne le changeait pas beaucoup d’avoir été fœtus. Maintenant, les enfants sont transportés à des rythmes qui ne sont pas celui de la mère qui les a portés. Pour tous ces déplacements, ils sont toujours dépendants d’une collectivité ou d’une institution organisée. » p.64

« Aujourd’hui, le jeune téléspectateur, voyageant dans l’espace par l’imagination, se déplace moins avec le corps. » p.64

« Avant que la télévision n’envahisse les foyers, le miroir était pour les enfants la première étrange fenêtre dans laquelle ils découvraient un enfant. » p.64

« on allait chercher l’eau pure tous au même endroit. et les déversoirs étaient individuels. (…) actuellement, les choses se sont inversées : il y a semi-communauté de déversoir, tout au moins mise en commun des déchets pour leur enlèvement, alors que chacun a sa source d’eau. » p.65

« il y a toujours les bains publics qui obligent à une communauté de corps, à une désérotisation. » p.66

« Nous voulons donc que nos enfant aient la sécurité. Soit. Mais la sécurité pour quoi faire?… » p.67

« Trop de sécurité étête le désir et le risque qui est nécessaire pour se sentir à chaque instant « vivant », « mis en question ». » p.67

« il faut voir une société sur plusieurs générations, parce que tout être humain est dans l’insécurité si l’adulte ne la lui donne pas. » p.67

« les expériences de la génération précédent servent à la génération suivante pour combattre l’insécurité qui a été le lot de trop d’échecs des aînés. » p.68

« L’enfermement social qui a suivi la privatisation du logement a été viable tant que les frontières sont restées ouvertes. » p.69

« La découverte de l’espace pour un très jeune enfant, c’est l’apprentissage des risques. » p.73

« Tout ce qui est objet manipulé par les parents est pour l’enfant le prolongement des parents. Donc, si les parents manipulent des objets et que ces mêmes objets touchés ou manipulés par l’enfant sont dangereux ou font prendre à l’enfant un risque, pour l’enfant, c’est le père ou la mère qui, étant dans cet objet, lui interdisent son initiative et sa motricité, c’est-à-dire q’ils limitent son humanisation à leur image. » p.74

« Si on enseigne à un enfant que le risque d’électrocution est le même pour le père, il admettra la réalité du danger (…) tout interdit, pour un enfant, n’a de sens que si l’interdit est le même pour les parents. » p.75

« ce n’est qu’en comprenant en quoi son père ne s’est jamais comporté vis-à-vis de sa propre mère comme il se comporte vis-à-vis de sa femme que l’enfant intègre un devenir biologique et qu’il intègre la loi de la prohibition de l’inceste, qui est celle de tous les humains vis-à-vis de leur génitrice. Mais c’est, pour l’enfant, très difficile, car, pour lui, il ne réalise pas du tout, au départ de sa vie et pas avant plusieurs années, que le père et la mère puissent avoir été des enfants qui aient eu vis-à-vis de leurs parents la même relation que lui vis-à-vis de ses parents. Le rapport de masse de corps lui échappe aussi. Que son père ou sa mère aient pu être des bébés, quand il en voit les photos, c’est quelque chose qui n’a pas de sens pour un enfant. » p.75

« Pour faire peu à peu comprendre à l’enfant que la réalité n’est pas telle qu’il l’imagine, il est nécessaire de l’introduire au langage. Le langage recouvre les souvenirs du passé autant que les projets et autant que les réalités dont il n’a pour l’instant que le témoignage souvent trompeur de ses sens. » p.75

« D’où l’importance de rencontres fréquentes avec les grands-parents, pour les enfants ; importance de leur nomination différenciée selon que ce sont les grands-parents maternels ou paternels ; importance, s’ils ne sont plus vivants, ou lointains, ou « brouillés » avec leur enfant, géniteur ou père légal, de parler de ces personnes en famille en explicitant les raisons qui font que l’enfant ne peut les connaître. » p.75

« A notre époque, au lieu d’initier l’enfant à la sécurité par une parole claire sur la manipulation de tous les objets, on le met à l’abri en le parquant. » p.76

« l’espace qui l’entour, c’est pour lui la même chose que sa maman ; il est alors dans une totale confiance et donc, il est dans un total danger. » p.76

« il ne manquera pas de faire ce qu’elle a défendu s’il ne sent pas que ce qu’elle interdit, c’est ce qui lui est interdit à elle. » p.76

« L’adulte qui aura expliqué auparavant que le danger serait le même pour lui que pour l’enfant s’il s’y prenait de la même façon dont l’enfant s’y est pris ne l’humilie pas et ne le culpabilise pas. » p.77

« Paradoxe de notre époque qui assure contre tous les risques, les petits et les jeunes sont de plus en plus vulnérables par manque d’expérience acquise au jour le jour. Ce qui fait la sécurité s’expérimente et il y a des mots à dire sur la technologie de cette sécurité. » p.78

« On peut se demander si priver un enfant de « jeux dangereux » n’est pas l’inciter, soit à perdre le goût de vivre, se déprimer (« bof ») ou alors à vivre dangereusement. Toutes ces normes qui font que les jouets ne sont plus dangereux achèvent de dispenser les parents d’assumer leur rôle tutélaire auprès de l’enfant. » p.81

« L’intérêt vital de l’être humain est de développer l’entraide, la relation sociale. » p.82

« C’est le fait que nous fournissons aux enfants la sécurité par l’impossibilité de prendre des risques, qui les met en insécurité. Ce genre de sécurité donnée par les parents et non conquise avec leur assistance, sur les autres jeunes, ne crée pas chez l’enfant une identité responsable de sont corps : identité de lui-même, avec le droit à des initiatives qui et compensé par sa propre auto-responsabilité, l’auto-défense exprimée au service de l’intégrité de son corps, avec tous les compagnons de son âge et dès le plus jeune âge. » p.83

« La vie urbaine ne lui enseigne pas ce que c’est que la terre, ses saisons, ce que c’est que le ciel, les étoiles, la place de l’homme dans le monde vivant. (…) Il est réduit à sa famille pendant trop longtemps. » p.83

« Si on compare, par exemple, le voyage tel qu’il se pratiquait il y a encore 50 ans, plus rare mais plus aventureux, et tel qu’il se fait maintenant, on voit que l’enfant n’y gagne pas en expérience. Dans le voyage moderne, tout lui est préparé, tout lui est mâché. Qu’il prenne la voiture ou qu’il prenne l’avion, il est dans un cocon. » p.83

« on transporte le même enfermement d’un point à un autre. » p.84

« les moyens technologiques, qui pourraient effectivement être utilisés par les enfants bien informés, se retournent justement contre les enfants du fait que les adultes veulent conserver un pouvoir discrétionnaire sur les enfants. Ils sont tellement infantilisés qu’il faut que leurs enfants soient puérilisés par rapport à cet infantilisme. » p.84

« on menace les enfants, on veut « dresser » le corps de besoins, nourriture et excrémentations, au désir de l’adulte. » p. 85

« partout où on restitue une liberté et un certain choix, de nouveau c’est humanisé. » p.85

« L’enfant a du mal à prendre son autonomie dans ses déplacements, ses gestes, ses initiatives si on ne répond pas à sa curiosité, et son inventivité, à son sens de la découverte. » p.85

« L’éducation humanisante, c’est l’expérience fondée sur le vécu. » p.87

« Autrefois, la mort était familière ; on l’a évacuée de la vie des enfants, cette fois encore avec la même manie de protection qui consiste à cacher aux jeunes tout ce qui fait peur aux adultes : la sénescence, la maladie, la mort. » p.87

« La mort n’est plus dans le courant de l’existence ; depuis le premier âge, elle est en fantasme. » p.87

« Les enfants n’ont aucune frayeur de la mort. Pourquoi les parents ne veulent-ils pas que les enfants soient mis au contact de la mort, alors qu’ils n’en ont aucune frayeur? C’est pour eux un fait devant lequel ils se posent des questions. Mais ne pas avoir de réponse, ça ne les effraie pas ; ils chercheront. » p.90

« ‘la responsabilité. Le sentiment de faire partie d’un tissus social dont nous sommes responsables : d’abord c’est familial, ensuite c’est étendu aux êtres aimés et ensuite aux autres de la société. Il y a une responsabilité de chacun vis-à-vis de tous. » p.91

« Les parents craignent et redoutent de parler aux enfants de la mort parce que, justement, l’enfant n’a pas encore le sens de responsabilité de sa vie vis-à-vis d’autrui, et il n’est encore que dans le désir. Et là, je crois qu’il faut qu’en nous reste toujours un être humain enfant, mais en même temps aussi, si son corps a engendré, un adulte, homme ou femme, doit avoir le sens de sa responsabilité. Il faut qu’il y ait les deux. » p.92

« ce n’est pas ça qui compte pour un enfant : c’est la tolérance que l’on a pour les difficultés qu’il a à s’adapter à la vie, et l’amour qu’on lui donne pour l’aider à en prendre conscience. la sécurité matérielle passe bien après la sécurité affective. » p.92

« ce que l’enfant ne comprend pas, ‘est le pouvoir soi-disant éducateur qui prétend lui donner une éthique, alors que la personne qui a ce pouvoir ne se soumet pas à cette même éthique. » p.93

« La science ne s’est pas mise au service de l’enfant. Elle s’est mise au service de l’ordre établi » p.95

« le dénominateur commun aux enfants de toutes origines, tous milieux, déshérités ou nantis, c’est le cerveau. Au regard des neurosciences, l’enfant n’est pas un adulte en miniature, la différence n’est pas seulement allométrique. La dépendant du mineur, familiale, juridique, économique, n’est pas seule à créer, par quelque conditionnement social, l’état d’enfance. La spécificité de l’enfance est une réalité au plan du système nerveux central : ce que constate la neurophysiologie, c’est d’abord une très grande fragilité, une sensibilité très forte aux chocs de l’environnement. Mais cette fragilité n’est pas que négative. Elle présente aussi un avantage de plasticité sur le stade adulte : en cas de lésion, une capacité de récupération plus grande. » p.96

« On a dit : tout se joue avant six ans, on a ensuite circonscrit les trois premières années comme les années décisives de la formation de la personnalité. » p.96

« Le temps des premières empreintes indélébiles, des blessures cicatricielles se réduirait à la période périnatale. » p.97

« il perçoit surtout les graves in utero, et il distingue bien la voix du père de celle de la mère. » p.97

« Quand tout à coup, dans la société où il évolue, arrive l’odeur intime de sa mère, il n’est plus l’enfant de la société, il redevient le bébé de sa mère. » p.103

« Mais « l’enfant » ça n’existe pas… On fait un discours sur l’ENFANT, alors que chaque enfant est absolument dissemblable à un autre » p.103

« Sa maladie est un signal. On détruit ce signal. Comment va-t-il nous faire savoir qu’il est en état de détresse inter-relationnelle? Chaque sujet a un désir d’être et veut manifester cette intentionnalité. » p.105

« tout est axé sur le développement de l’intelligence, alors que c’est l’affectivité qui donne un sens à l’intelligence de tous les humains. L’intelligence toute seule, ça n’existe pas. La santé physique toute seule, ça n’existe pas. C’est tout un ensemble qui construit la personne et ordonne ses variances. » p.105

« Il semble que ce soit extrêmement difficile d’étudier scientifiquement ce qu’il y a de spécifique dans l’état d’enfance. » p.111

« Plus on va vers les milieux privilégiés occidentaux, où l’enfant et apparemment nanti, assuré du nécessaire, plus on a de difficultés pour comprendre les blocages, les dérapages, les échecs. On peut filmer les réactions de sujets dont les besoins sont manifestement insatisfaits, mais ce qui concerne les désirs ne peut pas se filmer. » p.111

« Il n’existe pas d’Enfant avec un grand E : il existe un individu à l’époque de son enfance et qui, quant à l’essentiel, de son être au monde, est ce qu’il sera toujours. » p.111

« c’est justement ce qui se passe, pour « l’observé », indicible et non repérable par l’observateur, qui est le plus important de leur rencontre. » p.112

« l’être humain c’est une complicité psychique, à la fois inconsciente et affective, mais qui ne peut pas être dite, et qui pour chacun touche à son vrai inconnaissable par autrui. Le comportement apparent n’informe pas sur le sujet ni sur ce que sa sensibilité lui fait éprouver. » p.113

« votre enfant est né de vous et tel que vous êtes vous, soyez vrai, dites avec des mots ce que vous ressentez et c’est de votre sincérité dont votre enfant a le plus besoin. » p.113

« au Moyen Age ou au XVIIe siècle, l’enfant était toujours nourri au sein d’une femme – sans ça, il mourait – , que ce soit la mère ou une autre femme. Cette alimentation au sein était continuée tout le temps que cette femme avait du lait, et n’était pas orchestrée par un homme extérieur – un connaisseur, un scientifique – qui disait : « C’est mal, vous êtes coupable si vous nourrissez votre enfant (comme c’est le cas maintenant) au-delà de quatre mois ». Aujourd’hui, le corps médical interdit aux femmes de nourrir leur enfant à leur gré, ou, si la femme résiste, il l’y « autorise » mais quelques mois, six ou sept au plus. » p.114

Le discours actuel prête à notre époque le privilège d’avoir enfin fait la part centrale à l’enfant, par rapport aux siècles précédents. C’est tout à fait relatif. on peut se demander – à la lecture des siècles passés – si justement ça ne se retourne pas contre le véritable intérêt de l’enfant, et s’il n’est même pas perdant. On ne cesse de dire : « Enfin, nous contemporains, nous commençons à faire à l’enfant la part qui lui convient : nous commençons à respecter ses droits, nous commençons à lui ouvrir l’espace… » et on s’aperçoit que finalement, il est transféré d’un endroit à un autre comme un paquet, avec de nouveaux interdits qui sont plus contraignants que les limites de son territoire » p.114-115

« On peut se demander, pour le maternage, si l’enfant n’est pas considéré comme un cobaye d’élevage industriel – et ce n’est pas parce qu’il y a une amplification du discours sur l’enfant (on donne aujourd’hui trente-six méthodes pour étudier l’enfant dès le premier âge) qu’il est plus respecté dans sa personne. » p.115

« On lui donnait en sécurité une communication sociale avec tous ceux avec qui la nourrice était en relation ; elle était sa provende en même temps qu’elle était l’initiatrice à la communication : le milieu était favorable à son individuation. » p.115

« L’intelligence est un ensemble d cœur, de générosité, de désir d’authenticité donné à l’enfant qui va naître. Elle n’est pas le fort de l’adulte qui veut que la vie de l’enfant soit la répétition de la sienne, ce qui revient à projeter sa mort en lui. » p.116

…à suivre!

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