HalimaDoula écriture

L’Interruption Volontaire d’Accompagnement

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Juillet 2019

Ces derniers mois, je parcours sur les réseaux sociaux de nombreux appels au secours de consœurs exerçant en France ou en Belgique. Non-paiement, absence aux rendez-vous, reports répétés des rencontres, « silence radio »… Le métier de doula n’étant pas encore régi par la loi, et donc pas reconnu, il arrive que des client·e·s se comportent avec (trop de) légèreté. Ignorance? Dédain? Maladresse? Je commence à vous raconter aujourd’hui pourquoi une doula qui arrête un accompagnement en cours a un sens éthique de son travail, se respecte en tant qu’individu, et respecte sa clientèle.

Troisième et dernière partie: l’interruption volontaire d’accompagnement

Après avoir évoqué en quoi les doulas sont parfois vues comme des bonnes poires, puis pourquoi un accompagnement gratuit nécessite votre engagement au même titre qu’un service payant, j’en viens finalement au dénouement de ma réflexion: quand une doula décide d’arrêter un accompagnement.

J’ai en effet récemment expérimenté un accompagnement difficile. Non pas par son contenu mais par la relation entre moi et ma cliente. J’ai bien vite ressenti que la future maman ne m’accordait pas sa confiance. Cet accompagnement était gratuit dans le cadre de mon stage, et je pense bien que la relation aurait été tout à fait différente s’il y avait eu un échange d’argent entre nous.

« Que vous fassiez l’expérience d’une relation de façon positive ou de façon négative,
cela dépend de vous, de vos propres croyances et attitudes…
développer des relations réussies commence par le fait d’accepter
la responsabilité complète de votre vie et de votre rôle dans ces relations »*

Déjà, en répondant aux questions de la cliente avec gentillesse et bienveillance, et plus encore lors de nos premières rencontres, j’ai pris conscience que je n’étais pas considérée comme une accompagnante. J’ai fait l’erreur de ne pas m’écouter, j’ai donné une autre chance plutôt que de mettre le holà alors que je n’étais pas, moi, écoutée dans mes limites ni dans le cadre que je tentais de mettre en place pour notre sécurité à toutes les deux.

Ensuite, se présenter et être considérée comme bénévole, ou comme entrepreneure (indépendante, chef d’entreprise, …) influence grandement la perception que la cliente se fait de nous. Notre métier étant déjà peu connu, souvent perçu comme farfelu, quand on propose un service gratuit on sonne la cloche de l’illégitimé. Et de cloche, elle tient plus du glas. Très vite je me suis laissée être au service de cette future maman, me déplaçant loin de chez moi, changeant en dernière minute le contenu des rencontres, ayant l’impression de danser sur la tête et gardant un arrière-goût de frustration après chaque rendez-vous, envoyant plein de documentation dans des emails qui restaient non lus…

fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis

Et pourtant, je me suis entêtée à continuer. J’avais assez de rencontres pour valider mon stage. Je n’étais pas rémunérée pour ce travail. J’aurais pu dire stop, mais j’ai continué. Parce que j’ai à cœur de bien faire mon travail. Parce que, pour le coup, mon cœur de bonne poire belle Hélène a été un peu mou, parce que j’ai eu envie de croire que je pouvais apporter quelque chose à cette femme qui en fait n’était pas impliquée dans nos échanges.

Aujourd’hui cet accompagnement est clôturé, je ne suis plus en contact avec cette maman. De par mon implication dans la relation, j’ai effectué des lectures qui participent à accompagner d’autres femmes aujourd’hui. J’ai donc appris de la relation et de son contenu. Grâce à cette expérience, je retiens surtout que désormais, je n’hésiterai pas à interrompre un accompagnement. Pour moi, pour la cliente, pour toutes les doulas.

Pour moi d’abord

Parce que pour fournir un service de qualité je me dois de me respecter et respecter le cadre que je pose pour bien faire ce travail. La flexibilité est une clé du succès quand on travaille avec l’humain, d’autant plus quand on fréquente des femmes enceintes ou en deuil… Mais être flexible n’est pas synonyme de laxisme. Il est donc important, en tant que doula, d’être claire avec soi-même et de connaître ses propres limites, afin de poser un cadre évident et facile à respecter. Et aujourd’hui je n’ai plus peur de le vivre: si je ne me sens pas respectée dans mon travail, j’arrête. Parce que je refuse d’entacher ma passion avec des frustrations et des comportements que je n’accepterais pas dans un autre contexte, je me dois de refuser une relation dans laquelle je ne me sens pas acceptée avec ma personnalité, mes compétences, mes forces et mes faiblesses.

Pour la cliente ensuite

Maintenant que cet accompagnement est terminé, j’accepte que je n’ai pas été la meilleure doula pour cette personne. Était-ce ma personnalité, mes compétences? Sans douter de moi, je me remets en question. Je m’interroge sur mes motivations. Ce que m’a appris cet accompagnement, c’est déléguer. Eh oui, un accompagnement aussi, ça se délègue! Que ce soit parce qu’on a besoin d’une personne en soutien si on est malade ou appelée ailleurs, ou parce qu’on y arrive pas: la doula se doit d’envisager de déléguer pour que la cliente bénéficie du meilleur accompagnement possible. Il n’y a pas de « bonne » et de « mauvaise » doula, ni de « bonne » ou « mauvaise » cliente, il y a les relations entre les doulas et leurs clientes.

Pour toutes les doulas enfin

Parce que mener à terme un accompagnement sans y mettre du cœur, c’est dommage pour la doula et pour la cliente. En refusant de déléguer, on risque de laisser à la cliente un souvenir amer ou pas de souvenir du tout. « Oui c’était bien, mais… J’imaginais pas ça comme ça… La doula était trop… Ou pas assez… » Quand l’accompagnement ne tourne pas rond, en tant que doula, tu te remets en questions. Et si tu ne vois pas la solution chez toi, c’est peut-être simplement qu’une autre doula conviendra mieux à cette cliente. Et ce n’est pas un échec! Ce n’est pas que « tu n’as pas réussi à l’accompagner », non! C’est justement « bien » l’accompagner que de l’inviter à rencontrer une autre doula qui sera peut-être plus en phase avec ses croyances, plus apte à communiquer dans son registre, plus flexible ou au contraire plus cadrante.

Je l’ai dit dans une autre réflexion: il y a autant de doulas que d’individus pratiquant ce métier. Chacune a ses compétences, sa personnalité, ses forces et ses limites. Soyons donc honnêtes avec nous-mêmes et avec nos clientes, partageons le savoir et favorisons les synergies, même au sein d’un accompagnement. Car la meilleure des publicités, pour toutes les doulas de Belgique, est une cliente satisfaite.

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*Ted Morino, Greg Martin, Woody Hochswender: « Le bouddha dans votre miroir: Bouddhisme au quotidien et recherche de soi », éditions L’Harmattan, 1 juin 2008, p.101