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La bonne poire

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Juin 2019

Ces derniers mois, je parcours sur les réseaux sociaux de nombreux appels au secours de consœurs exerçant en France ou en Belgique. Non-paiement, absence aux rendez-vous, reports répétés des rencontres, « silence radio »… Le métier de doula n’étant pas encore régi par la loi, et donc pas reconnu, il arrive que des client·e·s se comportent avec (trop de) légèreté. Ignorance? Dédain? Maladresse? Je commence à vous raconter aujourd’hui pourquoi une doula qui arrête un accompagnement en cours a un sens éthique de son travail, se respecte en tant qu’individu, et respecte sa clientèle.

Première partie: la doula est une personne

Et oui, malgré nos super-pouvoirs d’écoute active et bienveillante (pour ne citer que ceux-là), nous restons humaines. Cela veut dire que comme tout le monde, comme vous, on a des hauts et des bas, des forces et des faiblesses, des compétences et des lacunes. Quand on pratique la bienveillance dans le milieu du « Care » (du soin, qu’il soit médical, thérapeutique ou non), milieu presque essentiellement féminin pour ce qui est du travail non-rémunéré, on souffre du stéréotype que je nomme « de la bonne poire ».

La doula, aussi compétente soit-elle, n’est pas en mesure et ne souhaite pas appliquer l’écoute active, la communication bienveillante et l’empathie tout le temps, avec tout le monde. Il y a le cadre du travail, il y a les personnes avec qui je choisis de me comporter comme je le fais au travail, et puis les autres. Cela a deux implications que vous n’envisagez peut-être pas encore.

La première se produit face à la clientèle. Fournissant un effort constant de tolérance, de compréhension et de bienveillance vis-à-vis de nos (futures) clientes, il arrive que certaines pensent avoir affaire à…une bonne poire! L’exemple le plus criant (j’ai crié d’indignation, oui) est le fameux: « tout travail mérite salaire, MAIS… » (je vous passe les arguments tout aussi farfelus qu’inventifs). Mais quoi? Mais rien! Tout travail mérite salaire, le mien aussi. « Punt. Aan de lijn », « Point. À la ligne » comme on dit en Belgique.

Le travail de votre doula mérite paiement. Même (et surtout!) si vous vous entendez super bien avec elle et qu’elle devient peu à peu une bonne copine. Même (et surtout!) si elle débute et n’a pas encore beaucoup d’expérience à son actif. Même (et surtout!) si vous changez d’avis en cours d’accompagnement. Rien ne justifie que le travail presté ne soit pas rémunéré. Être doula n’est pas un métier qu’on exerce sans passion ni motivation. Mais ce n’est pas parce que votre doula prend du plaisir à vous accompagner que celui-ci suffit comme rémunération.

Nombre de doulas acceptent de négocier leurs tarifs face à des personnes en difficulté financière. Cette flexibilité n’est pas un signe de richesse, celles acceptant de travailler à tarif adapté connaissant parfois elles-mêmes une sorte de précarité. Alors ne demandez une réduction que si vous avez vraiment envie de partager un moment de votre vie avec cette doula et que vos moyens financiers ne vous le permettent pas. Ou trouvez une doula dont les conditions du stage sont de vous accompagner gratuitement. Ou trouvez une alternative au paiement, qu’il soit étalé dans le temps, sous forme de troc, que sais-je…mais payez-la: signifiez-lui la valeur que vous attribuez à son travail. Un travail non-rémunéré n’a symboliquement pas de valeur. Ne pas payer sa doula, c’est la mettre en situation précaire financièrement, mais aussi lui signifier que son travail n’a pas de valeur. C’est donc doublement offensant.

Toute rencontre nécessite de la part de votre doula du travail préparatoire et de suivi: lectures, formations, ateliers, conférences, prises de notes, recherches, contacts avec des professionnels de la santé, intervisions avec d’autres doulas…et j’en passe. Pour vous accompagner au mieux elle va parfois consacrer plusieurs heures de son temps de travail et de son temps libre pour s’assurer d’être compétente et en mesure de répondre à vos questions et vos besoins.

Au-delà du paiement se pose donc la question des rendez-vous: reportés, annulés, auxquels vous arrivez en retard ou même pas du tout… Votre doula fera probablement preuve d’une grande flexibilité pour vous permettre d’assister aux rencontres. Cependant, n’oubliez pas qu’elle a d’autres client·e·s dont elle va peut-être déplacer les rendez-vous pour vous offrir une nouvelle opportunité de rencontre. Elle a peut-être des rendez-vous professionnels qu’elle ne peut reporter et qui la feront courir pour assister aux deux. Elle a peut-être aussi des formations, des ateliers, du travail administratif ou comptable, une famille, des ami·e·s ou simplement besoin de temps pour elle. Honorez vos rendez-vous. Prévenez à temps si vous arrivez en retard ou si vous ne venez pas. Informez si vous décidez de ne pas poursuivre l’accompagnement.

Le « silence radio », quant à lui, est très difficile à gérer dans la sphère privée comme au travail. Si vous n’aimez pas qu’on vous laisse dans le flou sans nouvelles, ne le faite pas subir à votre doula. Bref, comportez-vous avec votre (future) doula comme vous le feriez avec votre dentiste ou votre meilleur.e ami.e: respectez-là, elle, son agenda, dans vos engagements et votre communication.

La deuxième conséquence du stéréotype de la bonne poire peut se produire tout le temps et partout, avec des inconnu·e·s. La voisine pot-de-colle, le monsieur bizarre du supermarché, la prof de violoncelle du petit dernier… Quand les gens apprennent ce que fait une doula, ils ont tendance à changer de registre et se comporter comme si nous étions doula en permanence. Les super-héros cachent leur costume sous des habits sans prétention. La doula se doit-elle de faire de même? Être sympathique, okay. Écouter de temps en temps la voisine se plaindre, pourquoi pas.

Mais ne laissez pas votre entourage ou des inconnus vous manquer de respect sous couvert que vous travaillez dans le Care. Vous êtes une doula, pas une bonne poire. Vous avez le choix et le droit de choisir quand vous êtes une doula et quand vous êtes juste vous, ou vous fatiguée, ou vous énervée, ou tellement heureuse que vous rayonnez sans laisser de place aux autres. Respectez-vous, posez des limites claires pour éviter l’épuisement et être à 200% doula lors de vos accompagnements plutôt qu’au comptoir du café du coin.

L’application de la tolérance, de l’écoute empathique et de la bienveillance est aussi question de choix: pas tout le temps, pas avec tout le monde. Votre amie est doula? Si vous ressentez le besoin de parler à la professionnelle, exprimez-le clairement. Fixez ensemble un moment de rencontre, le lieu, la durée et la rémunération si elle a lieu d’être. Si à l’inverse vous lui demandez une rendez-vous, puis que vous ne souhaitez pas poursuivre l’accompagnement, faites-le-lui savoir tout simplement.

Et si vous êtes doula, je vous invite à poser des limites claires à votre entourage. Quand une conversation anodine tourne en accompagnement, accordez-vous de mettre une limite et d’inviter la personne à remettre la conversation à plus tard dans des conditions déterminées ensemble. Ne soyez pas la bonne copine bonne poire, soyez simplement une bonne doula!

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