HalimaDoula écriture

Le travail bénévole

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Juillet 2019

Ces derniers mois, je parcours sur les réseaux sociaux de nombreux appels au secours de consœurs exerçant en France ou en Belgique. Non-paiement, absence aux rendez-vous, reports répétés des rencontres, « silence radio »… Le métier de doula n’étant pas encore régi par la loi, et donc pas reconnu, il arrive que des client·e·s se comportent avec (trop de) légèreté. Ignorance? Dédain? Maladresse? Je commence à vous raconter aujourd’hui pourquoi une doula qui arrête un accompagnement en cours a un sens éthique de son travail, se respecte en tant qu’individu, et respecte sa clientèle.

Deuxième partie: le travail bénévole

De nombreuses doulas commencent à exercer de manière bénévole pour valider leur stage et obtenir le certificat de leur école. C’est une bonne manière de se constituer une expérience de départ sans (trop) ressentir le syndrome de l’imposteur (voir ici), et sans se préoccuper de la partie financière et comptable de l’activité. Selon moi, cette période de bénévolat imposée par la majorité des écoles de doulas est un luxe sans égal pour la tranquillité d’esprit et pour se concentrer sur le contenu du travail.

D’autres doulas en exercice, se faisant rémunérer pour leurs services, choisissent de consacrer une partie de leurs accompagnements à des personnes n’ayant pas les moyens de les rémunérer. Elles exercent gratuitement auprès de clientes précarisées, ou dans des institutions ou des associations. Cette activité bénévole se fait en plus d’une activité rémunérée (c’est mon cas).

D’autres encore sont doulas en plus d’un travail salarié qu’elles aiment, et accompagnent gratuitement une clientèle ayant les moyens de la payer, mais privilégiant la relation avec une amie qui est doula ou avec cette doula gratuite qui a été recommandée par une personne de confiance.

Comment la clientèle peut-elle faire le tri entre ces différentes manières de faire, me demanderez-vous? Quelle valeur a un travail que l’une demande de payer et que l’autre fait gratuitement? Si dans votre quartier il y a deux boulangerie de qualité égale, imaginez-vous que l’une applique les prix du marché et que l’autre distribue le pain gratuitement? Auriez-vous confiance dans le pain distribué, dans sa fraîcheur, sa qualité nutritionnelle?

Bien que ça me démange le bout des doigts, je passerai sous silence les doulas qui pratiquent gratuitement auprès d’une clientèle ayant les moyens de la payer. Ce qui m’occupe aujourd’hui, c’est le statut du travail bénévole en général.

Bien que le métier de doula en Europe soit largement inspiré de la pratique anglo-saxonne, on ne peut simplement appliquer en Belgique le modèle de charité publique qui est la norme par exemple aux États-Unis, où il est habituel de faire des donations et du bénévolat en plus de son occupation professionnelle régulière. Chez nous, en effet, le travail non-rémunéré souffre d’une double mauvaise réputation qui est bien expliquée dans cet article d’Alexandre Prévert:

1. si ça n’a pas de prix, ça n’a pas de valeur,
2. rien n’est jamais gratuit (et il faut donc se méfier si ça l’est).

Dans le cadre de mon stage, pendant lequel mon école exigeait que je travaille gratuitement, je me suis retrouvée face à une cliente qui est arrivée au rendez-vous avec 35 minutes de retard. Elle s’est justifiée avec nonchalance en disant « mes amies organisent une sortie à la piscine, j’avais plus envie d’y aller que de vous voir, puisque de toute façon c’est gratuit…mais quand vous m’avez dit que vous étiez là à attendre, je suis quand même venue ».

Allez comprendre le « puisque de toute façon c’est gratuit »…

Parce que c’est gratuit ne signifie pas que vous n’êtes pas engagée envers votre doula. Parce que c’est gratuit ne signifie pas qu’elle n’est pas engagée envers vous! Parce que c’est gratuit n’empêche pas tout le travail préparatoire qu’elle va faire avant de vous rencontrer, ni le travail de suivi dans lequel elle va s’impliquer pour vous accompagner au mieux. Parce que c’est gratuit ne signifie pas que vous êtes face à une personne incompétente. Parce que c’est gratuit ne vous donne pas la liberté de traiter votre doula avec dédain ou méfiance. Parce que c’est gratuit ne justifie pas que vous arrêtiez de donner des nouvelles à votre doula. Parce que c’est gratuit ne signifie pas que ça n’a pas de valeur…

Au contraire.

Même si c’est gratuit, vous vous êtes engagée envers une professionnelle. Certaines font d’ailleurs maintenant signer des conventions (ou contrats) pour que l’accompagnement, quel que soit son prix, reçoive la considération qui lui est dûe. Même si c’est gratuit, vous bénéficierez d’un accompagnement de qualité, et si ce n’est pas le cas, penchez-vous sur la personne qui vous accompagne plutôt que sur le prix (autrement dit: même une doula super chère peut mal vous accompagner, c’est une question de personne et non de tarif). Même si c’est gratuit, vous êtes face à quelqu’un qui a fait des études pour vous offrir un service de qualité, et cette personne a à cœur de bien faire son travail. Même si c’est gratuit, vous avez en face de vous un être humain qui mérite votre respect. Même si c’est gratuit, vous pourrez tirer de nombreux avantages de votre doula:

une réduction de 25% de la durée du travail
une réduction de 60% du recours à la péridurale
une réduction de 30% d’utilisation d’analgésiques
une réduction de 40 % de recours à l’instrumentation (forcepts, ventouses,etc…)
une réduction de 50% du taux de césarienne*

Les tarifs sont libres en Belgique, chaque doula demande le prix qu’elle désire pour ses services. En plus de proposer des aménagements comme un étalement de paiement, je conseille aux personnes qui trouvent mes tarifs élevés (bien qu’ils soient légèrement en dessous des tarifs du marché belge) de contacter une doula en stage pour leur premier accompagnement, afin qu’il soit gratuit ou à tarif fortement réduit.

J’ai moi-même bénéficié d’un accompagnement gratuit pour ma première grossesse. J’ai payé pour le deuxième, avec la même doula. Je comprends donc qu’on ne soit pas prêt à débourser de l’argent pour quelque chose qu’on ne connaît pas et qui n’est pas encore très répandu par chez nous. Mais iriez-vous au restaurant manger gratuitement « pour tester »? Votre coiffeur vous fait-il une première coupe gratuite pour voir si ça vous plaît? Transposée à d’autres professions, la gratuité fait rire. Elle pourrait bien disparaître dans les années à venir pour l’accompagnement des doulas.

Alors respectez votre doula, même si elle travaille gratuitement. Prenez le temps de comprendre ses raisons de le faire: est-elle en stage, estime-t-elle ne pas mériter de salaire pour son travail, désire-t-elle consacrer une partie de ses accompagnements à du travail bénévole? Vous avez de la chance de bénéficier de cet accompagnement gratuitement, ne le gâchez pas!

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*Source : The Doula Book, how a trainder labor companion can help you have a shortier, easier and healthier birth. Second edition by Marshall, Phyllis Klaus and John Kennel. Perseus press, 2002