HalimaDoula écriture

Les pieds sur terre

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Juillet 2019

Régulièrement je me retrouve à expliquer le travail de la doula. Beaucoup de personnes dans mon entourage, que ce soient des médecins, potentielles clientes ou des proches, ne connaissent pas – ou pensent à tort connaître – mon métier.

la doula ne fait rien, elle est

Cette maxime, source de récurrentes moqueries amicales et bienveillantes, résume parfaitement le travail de la doula. La doula EST disponible, elle EST à l’écoute, elle EST bienveillante et tolérante… Quand votre doula commence à FAIRE quelque chose, elle quitte son rôle d’accompagnement. Ce n’est pas un problème en soi, cependant nous verrons plus loin en quoi les multiples « casquettes » peuvent être un frein au développement du métier de doula et à sa (re-)connaissance auprès du public en Belgique.

Il y a autant de doulas que d’individus pratiquant ce métier: chacune a sa touche personnelle, ses spécificités, ses préférences… Certaines accompagnent uniquement la grossesse, d’autres sont gaga des accouchements alors que d’autres encore ne mettent pas les pieds dans une maternité. Et le métier de doula, c’est simplement ça: accompagner. Ne se placer ni « devant » en tant qu’experte, ni « derrière » comme une assistante, ni « dessous » comme une béquille: à côté.

la doula EST À CÔTÉ

« Simple », me direz-vous.

Et pourtant… C’est fréquemment que j’explique et réexplique et corrige et tempère l’image que les gens de mon entourage se font de la doula.

La gynécologue d’une cliente a récemment écrit à mon attention: « Vous pouvez assister à l’accouchement de madame N. à condition que vous ne fassiez rien de médical ». Je n’assiste pas aux accouchements, je les accompagne. Une spectatrice assiste à une pièce de théâtre, une doula accompagne un accouchement.

« Quelle différence, si tu ne fais rien? »

La différence c’est l’attitude. Une attitude professionnelle nourrie d’expérience de terrain, de connaissances engrangées lors de nombreuses formations, de sagesse acquise grâce aux intervisions. C’est cette attitude, ce positionnement discret mais spécifique au métier de doula qui fera la différence entre un parent accompagné et un parent non-accompagné.

la doula souffre d’une réputation qu’elle nourrit elle-même

De nombreuses doulas cumulent les casquettes professionnelles. Une partie d’entre nous exerce avec le statut d’indépendant à titre principal et est donc soumise à des impératifs économiques de rentabilité. Dès lors, pour assurer la pérennité de leur projet professionnel tout autant que par passion, ces doulas se forment à diverses pratiques plus ou moins farfelues pour le commun des mortels.

Doula-assistante maternelle,
doula-osthéopathe,
doula-massothérapeute,
doula-acupunctrice,
doula-énergéticienne,
doula-couturière,
doula-zéro déchet,
doula-naturopathe,
doula-nutritionniste…
ne sont qu’un aperçu de ce vous pourrez trouver sur le net. Pour ça, les doulas s’apparentent un peu aux Schtroumpfs!

Et c’est bien là que ça commence à être un problème: je vois régulièrement passer des articles dont le titre promet d’expliquer ce qu’est une doula, ou de présenter les avantages d’un accompagnement. Je les lis, l’oeil étincelant et la paupière battante, en espérant trouver une pépite que je pourrai relayer pour éclairer mon entourage au sujet du métier de doula. Mais je déchante vite. Toujours.

Généralement ça commence bien, avec un ou deux paragraphes joliment écrits mettant en situation une jeune maman qui va témoigner. On présente ensuite la doula et l’étymologie du mot (emprunté au grec ancien δούλη, lire doúlê, servante, esclave). Pour le positif, ça s’arrête généralement là, et après ça part en vrille… Parce qu’après cette présentation sommaire du métier de doula, l’article dévie pour parler de la personne interviewée et non plus des doulas en général. Je m’explique.

Le métier de doula demandant une bonne connaissance de soi et de la nature humaine, un grand nombre d’entre nous se tourne vers des disciplines plus ou moins reconnues de thérapie ou de développement personnel. Ennéagramme, kynésiologie, analyse transactionnelle, etc. La femme étant au centre de l’accompagnement de la doula, d’autres se spécialisent dans la gestion autonome de la fertilité et dans le cycle féminin. Moi je me spécialise dans l’accompagnement des femmes isolées, des victimes de violences et dans la jurisprudence islamique: chacune son dada!

la doula ne danse pas nue au clair de lune

Eh bien, désolée de vous faire déchanter, mais ça (la thérapie ou la danse mystique au son des tambours), ce n’est pas être doula. Alors certaines le font, personnellement je n’ai pas encore essayé. Mais le métier de doula, c’est l’accompagnement. Tout ce que votre doula fait en plus, c’est un plus. C’est comme un dentiste qui se spécialise en parodontologie: il exerce en tant que dentiste ou en tant que parodontologue, mais quand il traite vos gencives, il n’est à ce moment-là pas dentiste.

Votre doula, c’est pareil. Et si elle vous propose un traitement contre le déchaussement dentaire, enfuyez-vous! Gardons les pieds sur terre, en tant que doulas et en tant que clientes, car au-delà des spécificités de chacune, tout ce que votre doula vous proposera comme complément d’accompagnement devrait être clairement présenté comme ne faisant pas partie du métier de doula.

Ce qui porte atteinte à la réputation de toutes les représentantes de notre profession actuellement, c’est le non-dit. Le non-dit de la doula qui va proposer ces services complémentaires en gardant sa casquette de doula. Et cela arrive bien plus souvent qu’on l’imagine. Par ignorance, par souci de discrétion…en tous cas pas avec une intention de tromper, j’en suis sûre! Pourtant c’est bien une tromperie sur la prestation de service, et ça c’est puni par la loi. Et en tant que cliente, accepter ce service additionnel sous couvert de l’accompagnement de la doula, c’est participer à la mauvaise connaissance et à la piètre réputation dont souffre notre métier.

Une cliente fixe un rendez-vous pour bénéficier de votre accompagnement en tant que doula. Après deux rencontres, votre cliente se plaint de ses difficultés à gérer ses nausées et son poids. Vous lui proposez un régime alimentaire adapté et des plantes à consommer en infusion. La cliente part ravie, vous vous sentez utile et compétente. Cependant, sans avoir pensé à mal, vous avez trompé votre cliente. Si celle-ci exige une facture pour vos prestations, allez-vous noter « rencontre doula » ou « séance de naturopathie » sur la facture?

Être doula fait partie de vous. Être massothérapeute aussi, naturopathe, comptable, astronaute! Mais quand vous accompagnez en tant que doula, soyez doula. Si vous percevez chez votre cliente la nécessité d’un accompagnement d’un autre type et que vous pouvez le lui fournir, parlez-en avant. La sécurité pour vous en tant que doula et pour votre cliente, c’est le cadre. Le cadre et votre sincérité sont les clés de votre réussite et de la réputation de toute notre profession. Alors mesdames, s’il-vous-plaît, faite attention à ne pas portez plusieurs casquettes à la fois, évitez le « fashion faux-pas » de la doula!

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