Lectures de HalimaDoula

Extraits

« replacer la grossesse et la naissance dans leur contexte humain, affectif, émotionnel »

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HalimaDoula couverture plaidoyer

Lors de ma formation pour devenir doula, j’ai passé quatre jours de formation avec la gynécologue-obstétricienne Corinne Gere. Le personnage m’a autant plu que le contenu de son exposé. Curieuse d’aller plus loin dans les questionnements auxquels elle nous confrontait, j’ai déniché ce livre dont elle est co-autrice. Un écrit comme je les aime.

Posant plus de questions que donnant de réponses, ce livre « donne des claques » et ébranle de nombreuses croyances…j’adore! Utile pour les accompagnant·e·s et pour les futurs parents, ne l’ouvrez pas si vous n’êtes pas disposé·e·s à vous remettre en question!

« Pourtant combien l’humanité a besoin de cette approche intuitive, de ce merveilleux, de cette prise en considération de l’inconscient. » p.7

« Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette vie avant la naissance, sur la réalité de l’Être dès qu’apparaît le désir d’enfant, dès que se réalise cette interaction exceptionnelle entre la femme et l’enfant. » p.8

« Manque de considération pour la vie affective, manque d’espace pour laisser les cœurs s’exprimer et battre au rythme de leurs émotions, manque de temps pour se dire, être écouté et entendre. Trop plein d’interventions, de médicalisation, d’informations et de désinformations. Un trop qui dénature la naissance, l’aseptise et la vide de son sens. » p.12

« le chemin qui va du désir d’enfant aux premiers mois du tout petit. Notre culture du plaisir immédiat et du virtuel voudrait ce chemin rapide, direct, organisé, sans fausses notes, parfaitement géré. On demande à la médecine d’être toute-puissante, de maîtriser le corps pour qu’il réagisse sans faille et au moment voulu à ce que l’on attend de lui. La médecine prétend répondre à cette demande. Du coup, elle n’a plus le droit à l’erreur et se remet peu en question. Lorsqu’une difficulté se présente, la fuite dans l’illusion et le faux-semblant devient la norme. Plus personne n’accepte de simplement vivre les choses telles qu’elles sont. » p.12

« la vie est, par définition, fluctuante et aventureuse. Nous sommes en constant déséquilibre. » p.13

« L’état de parfait équilibre correspond à l’état de mort, on l’oublie trop souvent. » p.13

« Désirer un enfant, laisser grandir ce désir, l’exprimer et poser les actes qui vont le concrétiser, prend du temps. Souvent ce temps-là, nous ne nous l’offrons pas » p.13

« C’est au nom du court terme et du refus du risque que nous demandons à la médecine d’être toute-puissante, de nous épargner tout échec et toute souffrance. Or la médecine n’est pas omnipotente et la pratique médicale connaît, elle aussi, son lot d’imprévus. » p.14

« Nous formulons souvent des demandes qui ne correspondent pas à ce dont nous avons besoin. Nous voulons de l’amour, nous demandons du sexe; nous avons besoin d’être accompagnés pour traverser nos peurs et nous demandons des anesthésies; nous souhaitons être protégés et nous demandons ua médecin de nous prendre en charge. Fausses demandes, fausses réponses… » p.14

« la vie émerge dans notre corps d’un chaos d’actions et de réactions plus aléatoires les unes que les autres. » p.14

« La grossesse et la naissance sont des périodes de mutation. Qui dit mutation, dit vie, changement, émotions, vécus dont nous voulons dire l’importance. C’est une période où il faut prendre soin de soi, se donner le temps nécessaire au déploiement d’une maturation. Les femmes enceintes le savent au fond de leur corps et de leur cœur. Elles veulent vivre différemment, plus en profondeur et souvent elles se sentent mal parce qu’elles n’y arrivent pas. » p.15

« Comme si cette parole du corps devait être violente pour être entendue » p.15

« Nous sommes femmes et la Vie se sert de nous pour se perpétuer. Nous savons qu’elle est joie et force. Nous savons qu’elle est souffrance. Nous savons qu’elle est précieuse. Et nous voulons le dire fermement. » p.15

« dès le début, le bébé qui grandit en nous est une personne en devenir. Une personne qui a besoin de s’exprimer, d’être accueillie, d’être entourée de tendresse. Une personne capable de communiquer, de souffrir, de savourer le bien-être aussi. » p.15

« La vie affective commence avant la naissance et, comme le dit le professeur Relier : ‘Il faut l’aimer avant qu’il naisse’. Dès lors, le vécu maternel durant la grossesse est loin d’être insignifiant et la qualité des échanges affectifs entre les parents et leur bébé est au moins aussi importante que la qualité des échanges placentaires. » p.15

« replacer la grossesse et la naissance dans leur contexte humain, affectif, émotionnel. » p.16

« Le désir d’enfant : que représente-t-il? A-t-il existé de tout temps? Dans toutes les traditions? Est-ce que les couples en parlent? Comment ‘abordent-ils? (…) il y a une part importante de ce désir qui est inconsciente. » p.20

« Petit à petit émerge un contexte qui donne une certaine coloration à leur désir. Ils n’en parlent généralement pas spontanément. Peut-être parce que ce désir est difficile à exprimer : l’enfant du désir est un enfant imaginaire. » p.20

« Même dans la confidentialité de la relation médecin-patiente, elles ont des difficultés à exprimer leur affectivité, leurs émotions à propos de leur désir d’avoir un enfant. » p.21

« Je n’ai quasi jamais de patientes qui me disent : ‘Je suis amoureuse de l’homme avec qui je vis et j’ai envie qu’il soit le père de mon enfant.’ C’est étrange parce qu’on pourrait imaginer que le désir d’enfant, au départ, pourrait être cela. En fait, elles parlent de façon peu affective, en disant, par exemple : ‘C’est maintenant qu’on a décidé de l’avoir’. Mais je suis convaincue que, dans le fond, pour la majorité, il s’agit d’un acte d’amour. » p.21-22

« Où se situe le désir du père? Les hommes aussi ont besoin de se perpétuer dans leurs enfants. » p.22

« l’existence de ce qui se transmet d’une personne à l’autre, sans qu’un mot ne soit échangé et donc de l’importance de la qualité des personnes présentes lors d’une naissance. Notons qu’avant l’existence des études de sages-femme, la condition pour pratiquer ce métier était d’être mère soi-même, c’est-à-dire d’avoir parcouru ce chemin pour le connaître de l’intérieur. » p.24

« L’anthropologie a observé que l’homme mortel se perpétue grâce à ses enfants et aussi que la pensée avant l’avènement de la science était analogique : les hommes et les femmes s’identifiaient au fonctionnement de la nature et de la terre fécondée » p.25

« l’humain est un microcosme, un abrégé du monde. La femme est soumise à l’influence du cosmos. Les règles sont appelées ‘orages périodiques’ et sont considérées comme la marque de la sensibilité de la femme au rythme de la nature. » p.25

« Peut-être que le fait d’avoir le choix de décider d’avoir un enfant ou pas a créé une responsabilité. » p.27

« A cause de cette analogie avec la nature, quand les femmes n’avaient pas d’enfants, cela signifiait que la terre pouvait devenir stérile et que, à court ou moyen terme, le monde risquait de disparaître. » p.27

« C’est rassurant de voir que, malgré notre façon dénaturée de vivre en ville dans notre société occidentalisée, le besoin de continuer l’espèce perdure. Cependant nous en avons peut-être perdu le sens puisqu’il n’y a plus de limites à ce désir : tous les moyens sont bons, ce qui mène à certains excès. » p.28

« En médecine chinoise, on considère que la zone du bassin et celle de la gorge s’équivalent sur le plan énergétique. Embryologiquement, elles se développent d’ailleurs en même temps. » p.28

« Quand je fais des accompagnements de couples en difficulté de procréation, je suis souvent amenée à leur demander ce qu’ils pourraient créer ensemble d’autre qu’un enfant. Quand ils arrivent à trouver une ou des réponses, cela les aide à sorti de la castration et du deuil qu’ils vivent. » p.28-29

« ce manque-là te permettra de réaliser d’autres choses » p.29

« La confrontation claire à l’impossibilité de réaliser son désir peut aider la personne à revoir ses choix et à réinvestir sont énergie et sa vie dans une autre direction. » p.29

« l’évolution des investigations médicales permettent de faire des diagnostics plus précis et la procréation médicalement assistée renforce l’espoir des candidats parents. » p.29

« Quand il n’y a pas de barrière pour signifier que le chemin est coupé, il est difficile de modifier son itinéraire, de réinvestir ailleurs et d’élaborer autre chose. A moins qu’elle n’ait plus d’utérus, la femme garde toujours l’espoir d’une grossesse. Certains couples peuvent passer des années de leur vie dans une quête d’enfant qui n’aboutira peut-être pas. Ils vivent l’énorme souffrance des échecs répétés. Celle-ci les aigrira ou les mûrira. Par contre une incapacité claire même si elle est douloureuse à vivre sur le moment, force davantage à trouver d’autres solutions. Du reste, certains couples le comprennent et renoncent à poursuivre les fécondations in vitro après quelques vaines tentatives. Quand les limites reculent, les échecs sont d’autant moins acceptés. » p.30

« J’ai parfois l’impression qu’une fois qu’un couple cherche à avoir un enfant à tout prix, toute leur vie est mise entre parenthèses et est investie dans cette recherche qui est aussi très coûteuse. » p.30

« La vie s’arrête, est suspendue en attendant une grossesse, ce qui est peut-être le plus mauvais moyen de l’obtenir. » p.30

« Dans une situation comme celle-là -de stérilité psychique pourrait-on dire- où tout est sclérosé, je vois mal comment quelque chose de vivant et de créatif peut surgir. Le bébé serait une création possible mais les couples sont enfermés dans un piège mortifère et ils souffrent. Je pense à une patiente, obsédée par son désir d’enfant, qui vivait ses règles comme un deuil épouvantable tous les mois. » p.30-31

« C’était dramatique parce que ce couple s’aimait au départ mais finissait par oublier ce qui les avait rapprochés. C’est comme si tout se vidait de son sens et que la notion de plaisir avait quitté leur vie. » p.31

« Tout tourne autour des dates d’ovulation, des règles, des fécondations, des embryons congelés. Or, la vie, par définition, c’est un mouvement, une circulation d’air, d’énergie, … » p.31

« La notion de désir d’enfant a-t-elle préexisté à la contraception ou est-ce la contraception qui l’a créée? » p.32

« Pour les femmes qui viennent à la consultation d’obstétrique, le désir d’enfant est normal et logique, il faut partie de leur évolution, à un moment donné de leur vie. Il n’y a pas de justification à donner. C’est comme si c’était le désir intrinsèque de toute femme et que cela ne se discute pas. Quand ce désir ne parvient pas à se réaliser, alors les questions commencent à se poser. La difficulté vient souvent de la confusion entre choix et désir. » p.32

« La mythologie de la pilule anticonceptionnelle, c’est : ‘Vous pouvez décider quand ne pas avoir d’enfant, donc vous pouvez aussi décider quand en avoir’. Il y a un fantasme de maîtrise de la fécondité et un choc de non maîtrise quand cela ne se réalise pas. » p.32

« La contraception permet de choisir et c’est parfois difficile car la tête veut une chose et le cœur en veut une autre. L’ambivalence s’installe. » p.33

« La contraception permet de ne pas avoir d’enfant et un raccourci s’est opéré dans les esprits. On en est venu à imaginer que son arrêt entraîne d’emblée une grossesse, ce qui n’est évidemment pas le cas. Le ‘surtout pas d’enfant maintenant’ devient un ‘surtout un enfant tout de suite’. On retrouve dans le désir d’enfant les mêmes exigences de réalisation que celles que l’on demandait à la contraception dans sa fiabilité : tout, tout à fait et tout de suite. » p.33

« C’est vrai qu’avec la famille nucléaire, cette dernière [autorisation psychique de devenir mère] est moins naturelle et automatique. Dans les familles élargies, chacun était témoin des grossesses, des naissances à domicile, des allaitements, … Dans les cultures traditionnelles, tout le monde habite dans la même pièce, les gens font l’amour en dessous d’une couverture, à côté des enfants qui dorment. Maintenant l’information concernant la sexualité est scientifique : on prend un bouquin et on explique aux enfants. Avant c’était le quotidien de la vie qui l’enseignait. » p.35

« Cet éloignement rend la transmission difficile, de même que le soutien et l’aide concrète. » p.35

« Catherine Bergeret-Amseleck parle de cette autorisation et transmission mère-fille de la féminité. La manière dont notre mère a accueilli la naissance d’une fille, dont elle nous a préparées (ou pas) à la venue des règles, à la sexualité et bien sûr à notre maternité, a une influence sur tout notre vie de femme. « p.36

« La perception que la femme a de sa féminité passe par un vécu physique, notamment le vécu des cycles qui se répètent tous les mois pendant des années. » p.37

« Il n’y a jamais rien de définitif. C’est un temps cyclique alors que l’homme est dans une polarité beaucoup plus linéaire. » p.38

« à l’arrêt de la pilule, beaucoup de réactions physiologiques vont se vivre comme effrayantes, insupportables, anormales. » p.39

« Je remarque aussi que le moindre signe menstruel est insupportable et qu’il est inimaginable de pouvoir dire, montrer ou laisser supposer qu’on est réglée… » p.39

« L’essor de la pilule a été contemporaine de la mode unisexe où les femmes ont commencé à porter des jeans. » p.39

« dans certaines peuplades d’Afrique, quand les femmes ont les cheveux tressés, c’est qu’elles sont réglées et intouchables. Il y a des codes extérieurs qui permettent à chacun dans le groupe social de savoir où la femme en est par rapport à sa réceptivité possible vis-à-vis de l’homme. » p.39

« Il y a même une certaine méfiance par rapport à cette puissance féminine, liée à la déesse mère, au côté ‘sorcière’ des femmes. Je me demande ce que cette occultation de la féminité, cette aseptisation ont eu comme effet sur les mentalités. En définitive, les femmes ne sont plus connectées à leur vécu et aux messages qui sont transmis par leur corps. Elles finissent par penser et agir comme les hommes, selon le modèle masculin qu’elles intègrent en elles. C’est-à-dire le modèle du héros qui peut tout gérer et contrôler grâce à son intelligence et à sa volonté. Cela s’accompagne aussi du refus de ce qui échappe au contrôle : la mort, la maladie, la destinée, tout ce qui est intuitif, de l’ordre de la transcendance, tout ce qui est hors de notre portée. » p.40

« Elle [la pilule] a permis d’éviter les drames liés aux grossesses non désirées et aux avortements pratiqués dans de mauvaises conditions, mais elle a renforcé le goût du contrôle. » p.41

« Même is la grossesse était bienvenue, elle n’était pas désirée à proprement parler. Ce que la pilule a changé, c’est le fait d’introduire le désir d’enfant en tant que conscient et volontaire, plutôt que volontaire que conscient d’ailleurs. » p.41

« Avec la pilule, le contrôle des naissances est aussi passé du côté des femmes : les hommes sont devenus dépendants de leur bon vouloir pour pouvoir procréer !  Par ailleurs, leurs compagnes s’étant introduites dans le monde du travail, ils ne sont plus les seuls pourvoyeurs de ressources. » p.41

« La pilule, en rendant le désir d’enfant volontaire, l’a aussi coloré d’un ‘puisque je veux un enfant maintenant et que je le choisis, j’ai la responsabilité de lui donner le meilleur’. » p.41

« Cela montre l’importance de pouvoir réfléchir au moyen contraceptif le plus adapté à sa vie du moment plutôt que de considérer la pilule comme une panacée. » p.42

« Mais elle place les femmes dans quelque chose de virtuel. On fait comme s’il existait un cycle et des règles. En fait, il ne s’agit pas de perte d’endomètre mais d’une hémorragie de privation. Ce sont de fausses règles. » p.42

« Elles en parlent comme s’il y avait un fantasme, un imaginaire de cycle normal. » p.42

« Les femmes n’en sont pas conscientes : quand on leur propose une contraception où il n’y a plus de cycle, elles sont affolées. Alors que cela revient à peu près au même. » p.42

« Les méthodes naturelles sont assez contraignants, elles nécessitent une bonne connaissance et une observation de son corps, ce qui est actuellement assez rare chez les jeunes femmes. J’observe plutôt une ignorance des mécanismes du corps et une mise à distance de celui-ci : se regarder, se toucher, s’accepter comme on est, devient de plus en plus difficile, voire dégoûte. » p.43

« J’ai eu des patientes suivies en fécondation in vitro qui, en fait, n’avait tout simplement pas de rapports sexuels avec leur partenaire, mais elles ne l’avaient jamais dit à leur gynécologue. Parfois d’ailleurs, celui-ci ne l’avait même pas demandé. » p.43

« Tout est devenu mécanique, aseptisé. Les signes du corps sont de moins en moins bien acceptés. On est au 21ème siècle, on devrait avoir maîtrisé tout cela. Comment peut-on encore être dérangés par une ovulation ou par la douleur des règles? C’est comme si notre corps devait être un petit robot qui fonctionne bien. » p.43-44

« Dans le domaine de l’infertilité, on ignore et refuse de plus en plus les aspects de l’inconscient, que ce soient les couples ou la médecine. Je dis médecine plutôt que médecin parce qu’il y a des médecins qui sont très ouverts et d’autres qui ne le sont pas. Pour certaines femmes, dès qu’une grossesse ne vient pas quand il y a arrêt de contraception, cela signe un dysfonctionnement du corps. On n’envisage pas que cela puisse signifier une défense psychologique par rapport à une souffrance, une ambivalence, des aspects de soi qu’on ne connaît pas, des secrets transgénérationnels. » p.44

« Nous sommes tellement chosifiés dans ce cheminement que nous ne savons plus où nous en sommes ni où est notre désir. » p.44-45

« On n’écoute plus certaine aspects du corps. Sur le plan psychique, c’est pareil. On prend les choses au premier degré : ils veulent un enfant donc, s’il ne vient pas, c’est qu’il y a un dysfonctionnement … sans s’interroger sur ce désir d’enfant. Celui-ci est toujours ambivalent même quand l’enfant est clairement désiré. Parfois aussi le désir conscient cache en réalité un non désir ou plus souvent une peur immense de la concrétisation de ce désir. » p.45

« il y a coexistence de désirs opposés : j’ai envie mais j’ai peur, j’ai envie et je n’ai pas envie, j’aime et je hais en même temps. Dès qu’il y a affectivité ou émotion, il y a ambivalence des sentiments. » p.45

« Tout comme la pilule a gommé les petits signes de vie du corps féminin, dès qu’il y a grossesse et que l’utérus se manifeste, certaines femmes considèrent que ce n’est pas normal. Elles n’ont plus confiance dans le fonctionnement de leur corps. Elles se plaignent plus vite et attirent l’attention du médecin sur leurs symptômes. Les signes physiologiques sont mis en évidence de façon objective et deviennent pathologiques parce que les femmes les perçoivent comme tels. » p.46

« de plus en plus de médecins ne connaissent plus bien la physiologie, ni la relation entre émotion et symptôme. » p.46

« Quand la grossesse ne survient pas, dans un certain nombre de cas, -pas tous, il ne fait jamais généraliser-, c’est le corps qui met une barrière de protection par rapport à une souffrance qui pourrait être encore plus grande si elle survenait (angoisse, conflit psychique, etc.). » p.46

« dans les cas de stérilité organique, on trouve aussi des conflits psychiques. » p.47

« Dans un certain nombre de cas, les enfants de remplacement deviennent des adultes qui ont des difficultés à procréer. Parfois ils ne connaissent même pas ce décès les précédant, et c’est en faisant un travail psychologique qu’ils le découvrent. » p.47

« Le deuil qui n’a pas été fait par les générations précédentes remonte à la surface et doit se travailler à un niveau ou à un autre. » p.47

« C’est probablement plus facile de se situer à un niveau technique, de féconder des ovules in vitro et de les réimplanter que d’entamer un travail pour essayer de comprendre ce qui se passe au plus profond de soi-même et ce qui nous empêche et nous « protège » d’accueillir un enfant pour le moment. » p.47

« on a tendance à régler un problème de souffrance affective et émotionnelle par une réponse technique. » p.48

« On oublie que l’esprit humain a besoin de temps pour digérer les événements et les émotions. » p.48

« Le lien entre la démarche des soins palliatifs et celle de repenser une autre façon de naître ne m’étonne pas parce qu’il s’agit du début et de la fin de la vie terrestre. Ces moments charnières sont importants à vivre. Une naissance sous péridurale, contrôlée de A à Z, est-ce vraiment la même chose qu’une naissance spontanée? L’euthanasie, est-ce la même chose que la mort accompagnée dans la conscience? » p.49

« Ne faudrait-il pas, en médecine comme partout ailleurs dans notre société, réintroduire l’humain, la compréhension, le respect, les échanges « vrais »? » p.50

« plus la technologie est avancée, moins la vie se développe, que ce soit la vie de la nature ou celle des humains. » p.50

« Que signifie avoir un enfant au-delà de son désir personnel ou de son désir de couple? Si je me place au niveau de la société ou de l’humain, cela peut faire perdurer l’espèce. Au-delà de cette motivation, pourquoi faire venir des êtres sur terre? » p.51

« La cigogne montre donc qu’elle apporte les bébés de l’autre bout du monde. Il ne s’agit pas seulement d’un ovule et d’un spermatozoïde, il y a cette dimension d’un être qui vient d’ailleurs. Cela pose évidemment le problème de savoir ce qu’il y a avant et ce qu’il y a après. » p.52

« l’âme est attirée par la qualité de lumière qui est émise par les couples qui ont des relations sexuelles. » p.52

« Refuser de s’interroger sur la mort, n’est-ce pas refuser de s’interroger sur notre vie et la manière dont nous vivons? » p.53

« Une autre chose m’interpelle:ce désir acharné d’enfant s’accompagne d’une diminution de la conscience de ce que cela implique d’élever un enfant. » p.55

« Il y a une espèce de concurrence entre s’investir dans une carrière et pouvoir s’exprimer à travers un enfant. Or c’est en rivalité : le temps que tu donnes à l’un, tu ne peux pas le donner à l’autre. » p.55

« Les couples qui s’adaptent, qui petit à petit réorganisent leur vie, expriment très souvent le fait que c’est un changement profond et radical dans leurs pensées et leur échelle de valeurs, mais surtout qu’ils ne s’y attendaient pas du tout » p.56

« A l’heure actuelle, on a inversé ce processus : on développe d’abord la créativité intellectuelle, professionnelle et ensuite on en revient à l’enfant, avec les grossesses tardives. C’est une sorte de régression. Idéalement, on a des enfants, on les élève quand on est jeune et puis on réinvestit sa vie professionnelle. » p.56

« Quand on a quarante ans et un bébé qui ne passe pas ses nuits, on n’encaisse pas de la même façon la fatigue que quand on en a vingt. Mais c’est une conséquence du fonctionnement social. » p.57

« Tout comme on vit coupé de la nature, (…) il y a une méconnaissance et non un respect de l’humain, ce qui ne sera pas sans conséquence non plus. » p.57

« Bien peu de temps et d’énergie sont réservés à l' »être », c’est-à-dire à rechercher qui l’on est en profondeur et à réfléchir aux conséquences de nos actes. » p.57

« Cette résistance au changement est tout aussi présente par rapport à l’adaptation de sa carrière en fonction de la vie familiale. Il est pourtant essentiel d’y réfléchir et de se poser des questions parce que notre survie en dépend. » p.57

« C’est toujours pour plus tard. La même difficulté existe par rapport au bébé qu’on a tellement voulu et pour lequel on ne trouve pas de place dans son organisation et on se dit « on verra plus tard ». » p.58

« Je pense que si les gens installent autant de résistances au changement, s’ils remettent à un « plus tard » hypothétique leur remise en question, c’est qu’ils pressentent que ce changement de conscience va les obliger à changer de vie. Il y a un risque à prendre, c’est inconfortable et même douloureux. » p.58

« La technologie actuelle permet d’aller plus loin dans la possibilité de satisfaire ce désir d’enfant. Dans certains cas, c’est une chance extraordinaire malgré tout ce par quoi il faut passer. Leu problème, c’est qu’on ne prend pas le recul nécessaire, ni le temps de digérer toutes les implications de ces techniques et on n’accompagne pas. Les couples sont livrés à eux-mêmes. » p.59

« le pourcentage de réussite des fécondations in vitro est exactement le même que celui des grossesses spontanées. » p.60

« qu’est-ce qui fait qu’on transgresse une loi de la nature jusqu’à employer des techniques très sophistiquées et très lourdes pour peu de résultats? » p.60

« Ce qui me frappe, qu’il y ait réussite ou pas, c’est la constance du vécu déshumanisant et douloureux de ces procréations. » p.60

« Il y a aussi les femmes qu’on refuse dans certains services universitaires parce qu’elles ne correspondent plus aux critères de changes de réussites, par exemple parce qu’elles sont obèses. elles sont refusées parce qu’elles font baisser les statistiques. » p.61

« s’ils ont un enfant, de quoi celui-ci sera-t-il porteur sur le plan psychique? » p.61

« Ovaires pour testicules, c’est toujours forcer une glande. » p.61

« C’est aussi émettre des jugements sur la qualité et la quantité. » p.61

« Le vocabulaire utilisé dans les services de fécondation in vitro concernant les femmes, mais surtout les hommes, est terriblement humiliant. il n’a rien de positif. Tous les termes utilisés sont négatifs et dévalorisants. » p.61-62

« Quelles répercussions auront les fécondations assistées sur l’identité profonde des hommes et des femmes qui auront passé les premiers jours de leur vie terrestre dans une éprouvette au lieu du ventre d’une femme. » p.62

« L’embryon est un bébé de mois de deux mois de vie intra-utérine. » p.6.

« J’ai connu une maman qui, après la naissance, parlait de son bébé en l’appelant son « bébé-igloo » parce qu’il provenait de sperme congelé. » p.63

« La science a développé une pensée extrêmement réductionniste puisque, pour elle, ce qui ne peut être prouvé n’existe pas. C’est hardi comme hypothèse ! Du coup, il y a un certain nombre de facteurs dont on ne tient pas compte. » p.63

« Ce n’est qu’en bout de course que le corps exprime le problème. » p.64

« Combien de couples se demande ce qu’est leur désir d’enfant, ce qu’il représente, et quelle place concrète ils sont prêts à donner à un enfant dans leur vie? » p.65-66

« La question importante à se poser est donc : pourquoi voulons-nous un enfant et quelle place sommes-nous prêts à lui faire dans notre vie ? Quelle place symbolique, ce qui est déjà une grosse question, mais aussi tout simplement quelle place concrète, matérielle, pratique ? » p.67

« La médecine souvent colmate les fissures : en soignant, elle fait taire les symptômes. Or la plupart du temps, les maladies sont l’expression d’insécurités, de souffrances psychiques, de manque d’expression de soi-même. Le corps s’et exprimé. Cependant on n’a pas écouté la personne qui habite ce corps, qui y vit et qui, peut-être, n’en finira pas de manifester par des maladies ce qu’elle ne peut dire autrement. » p.72

« Beaucoup de souffrances sont « symboligènes » comme le disait Françoise Dolto. Mais il faut les accompagner. » p.72

« Je vois tous les jours combien une écoute empathique, respectueuse peut faire vivre plus facilement des épreuves difficiles, et peut permettre d’entamer un travail d’acceptation de leurs problèmes médicaux et de leur destin. » p.72

« Ce qui me frappe le plus dans tout ce que nous avons exprimé, c’est la question du sens. Comprendre la signification profonde des vécus et des pratiques, développer la conscience de qui on est et de nos choix, accepter l’expression émotionnelle, prendre en considération la temporalité nécessaire à la maturation, … Tant d’aspects essentiels, qui s’effilochent dans notre culture et nos pratiques. » p.73

« La grossesse est une période particulière, importante sur le plan psychique parce qu’elle implique une véritable crise maturative. J’aime beaucoup la comparer à l’adolescence avec laquelle elle a bien des points communs : une forte poussée hormonale, des transformations corporelles s’accompagnant de bouleversements psychiques, entre autres d’angoisses et d’interrogations narcissiques : Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ?  Suis-je capable de plaire ? Vais-je aimer ce nouveau corps qui se transforme ?  L’adolescence et la grossesse sont des temps de maturation. » p.76

« la membrane qui sépare le conscient de l’inconscient devient plus perméable, poreuse. Du coup, des informations qui normalement restent stockées dans l’inconscient, resurgissent avec une trop grande facilité. C’est inquiétant, angoissant, voire même traumatique. Cet accès direct et rapide à l’inconscient n’existe pas en dehors de la grossesse. » p.76

« je rencontre un tabou grandissant vis-à-vis des aspects lourds et difficiles. Comme si, dans notre culture, cet enfant ayant été voulu dans une forme de maîtrise, il faut être heureuse et il n’y a plus d’ambivalence possible. Les femmes sont souvent prises au dépourvu par ces phénomènes, qu’ils soient psychiques ou corporels, parce qu’elles n'(y sont pas préparées. » p.77

« la grossesse correspond à une période de marge, où la femme va dans une sorte de « no man’s land » entre ce qu’elle était et ce qu’elle va devenir, comme s’il lui fallait changer de peau. Cette sorte de mue, de restructuration est nécessaire pour pouvoir entrer dans l’autre territoire qui est, dans ce cas-ci, celui de la maternité. » p.78

« Elle quitte un état qu’elle ne retrouvera jamais, elle ne sera plus jamais la même. Aborder ce chemin de transformation demande patience et conseils, ainsi que d’y être accompagnée. » p.78

« L’ambivalence et les forces obscures font aussi peur à l’entourage de la femme enceinte. Il n’y a dès lors plus de lieu où cela peut s’exprimer. Il y a une sorte d' »omerta », de loi du silence. » p.79

« Certaines femmes viennent me consulter avec une grande angoisse parce qu’elles ne se sentent pas normales d’éprouver cette ambivalence. Elles en ressentent une grande culpabilité. Elles n’entendent pas les autres femmes en parler à cause de ce tabou, et se croient les seules à éprouver ce genre de sentiments. » p.79

« si l’ambivalence ne peut se dire, elle va agir dans des somatisations qui pourraient mettre réellement la vie de l’enfant en danger. » p.80

« Les futurs parents ne peuvent pas être parties prenantes et restent passifs. Au versant médical s’ajoute celui de la responsabilité légale : ne pas faire toutes les analyses, ne pas intervenir dès le moindre signe d’alarme expose à des poursuites judiciaires. Cela relègue l’écoute à l’arrière plan. » p.81

« La confiance dans le physiologie disparaît. La possibilité de tout mesurer, diagnostiquer, objectiver conduit des couples à s’en remettre les yeux fermés au savoir médical. Dès que le test de grossesse est positif, ils veulent un rendez-vous chez le gynécologue rapidement, sinon, c’est l’angoisse ! » p.82

« La médicalisation commence donc déjà avant la grossesse ? Ce processus a été extrêmement rapide : en moins de cinquante ans, on est passé d’un encadrement médical à une pathologisation de la grossesse. » p.82

« Actuellement, la médecine essaye de rassurer par les examens et les remèdes dont elle dispose et remplace une forme de savoir social. Cette promesse de sécurité et de protection contre la mort lui a sans doute permis de dominer les autres professionnels de la naissance (sages-femmes, kinésithérapeutes …) qui ne disposent dès lors que de peu d’autonomie. » p.83

« Je remarque que bien souvent, au lieu de rassurer et de protéger contre l’angoisse, le moule médico-technique ébranle la confiance des couples dans leur bébé. Mère et bébé sont l’objet d’une inquiétude généralisée qui considère le fœtus comme hautement suspect d’être non conforme, et la femme enceinte comme susceptible de présenter toutes les complications de la grossesse. Sa parole a peu de place, ses demandes d’explications, ses angoisses exprimées ou non paraissent même parfois incongrues. » p.83-84

« Christiane disait que les femmes se sentaient coupables s’il se passait quelque chose d’anormal. C’est toujours vrai sur le plan psychologique, mais il me semble que ce n’est plus le cas sur le plan social. A l’heure actuelle, on considère que c’est le médecin qui est coupable quand cela ne se passe pas bien. C’est peut-être un signe que la médecine s’est appropriée ce terrain-là et en a dépossédé les femmes. » p.84

« En cas de problème, les couples, et surtout les femmes, continuent à se sentir coupables de n’être pas parvenus à accomplir leurs désirs ou leurs rêves. Ils ont un deuil à faire. Chercher un autre coupable sur lequel déverser leur colère et leur amertume soulage. Les médecins et les institutions hospitalières sont en première ligne pour remplir ce rôle, et c’est une tendance qui ne fait que croître. La médecine se présente trop souvent comme capable de tout réussir, de faire des « miracles ». » p.84

« La médecine a ses limites, bien présentes, elle ne peut pas nous éviter toutes les souffrances. Personne n’a encore compris les mystères de la vie et de la mort, pourtant on fait comme si on en était proche. Et quand ça dérape, cela devient insupportable : les promesses n’ont pas été tenues. On met donc la sorcière sur le bûcher et on la brûle ! Les soignants sont en première ligne pour être désignés coupables, surtout si eux-mêmes, englués dans le même sentiment d’échec et de culpabilité, ne sont pas dans un vrai dialogue. » p.84-85

« L’ambivalence est présente tout au long de ce parcours et se présente ici de la façon suivante : « Je veux me mettre sous une cloche de verre et protéger mon petit, tout en continuant une vie normale ». Les futures mères pensent beaucoup à l’enfant qui grandit en elles, mais pas assez à elles-mêmes, alors que leurs bien-être sont étroitement liés. Elles cherchent à maîtriser ce corps qui se rappelle continuellement à elles par la fatigue, les douleurs, les gonflements … Il est difficile de s’abandonner aux sensations corporelles, aux changements douloureux ou inesthétiques, parfois invalidants. Les femmes sont prises dans celle dualité : s’occuper d’elles et de leur bébé, et continuer à travailler et à rester performantes au niveau professionnel. » p.85

« Il y a une pathologisation de la grossesse sur le plan médical et une banalisation sur le plan social. » p.86

« Je dis souvent aux futures mamans que de fabriquer un bébé, c’est un gros temps plein. » p.86

« Les femmes le savent mais le repoussent dans un petit coin de leur conscience, par loyauté à leur employeur, à la société et à l’image qu’elles ont d’elles-mêmes. » p.86

« La médecine est de plus en plus mise en demeure d’éviter les situations où il y a perte, et donc de fournir l’enfant parfait, tel qu’on l’a imaginé. » p.87

« Grâce aux progrès des connaissances médicales et à leur diffusion par les médias, les futurs parents sont beaucoup mieux informés. » p.87

« Ce temps de parole peut être libérateur pour le couple, mais il aide aussi le médecin à comprendre ce qui se joue et il pourra ainsi mieux traiter le problème. » p.88

« Ne risque-t-on pas avec ces tests qui deviennent de plus en plus pointus de toujours trouver quelque chose ? » p.88

« La dérive, c’est de considérer toutes les grossesses comme pathologiques et dès lors de pratiquer tous les examens préventifs à tout le monde, sans cibler les personnes à risque. » p.88

« Si on faisait chez tout le monde, systématiquement, une ponction amniotique ne trouverait-on pas de façon singulière des résultats suspects qui ne correspondent à aucune anomalie connue ? » p.88

« Au fur et à mesure de l’évolution des techniques, les résultats des examens deviennent plus compliqués à interpréter. Dans certains cas, nous ne savons pas quelle décision prendre parce que nous manquons de recul par rapport à tous ces progrès. » p.88

« La plupart des tests de dépistage ne permettent pas d’avoir une certitude absolue. » p. 89

« Il y a toujours eu des bébés de tailles et de poids très différents, ce n’est pas nécessairement pathologique, mais chaque petite phrase peut engendrer de l’inquiétude. De plus, le langage médical effraie ou est souvent mal interprété ; et encore trop fréquemment, le monde médical n’en tient pas compte. » p.89

« Ces investigations provoquent parfois des difficultés à s’attacher dès le départ au bébé par peur de s’entendre dire à un moment donné qu’il est malformé et que la seule chose à proposer est l’interruption de grossesse. » p.89

« Quel est l’impact des émotions des parents sur leur bébé pendant toute cette période ? Quelle trace cela laisse-t-il au bébé ? Comment vit-il le fait d’être peu ou pas investi pendant tout ce temps, avec des moments où ses parents s’y attachent, et d’autres où ils ont peur de l’aimer parce qu’ « on ne sais jamais » ? «  p.89

« Quelle sera l’influence de ce type de vécu dans l’interaction parents-enfants après la naissance ? » p.90

« C’est un des côtés pervers de l’accompagnement médico-technique, et les futurs parents n’en sont que peu informés ou conscients. » p.90

« On pratique un nombre important d’examens pour trouver très peu d’anomalies et, ce faisant, on induit énormément d’angoisses. » p.90

« il y a beaucoup plus d’interruptions de grossesses à l’heure actuelle, sur de simples probabilités. En attendant les résultats des examens, les couples sont figés dans une grande angoisse qui ne permet plus la communication avec le bébé. Ils ne savent plus comment se situer par rapport au désir de grossesse de cet enfant-là. La plupart du temps, les résultats sont bons. On pense alors que les parents, tout heureux, vont reprendre le cours de la grossesse comme si de rien n’était, alors que ce n’est plus possible. L’effraction ne peut être tout simplement effacée, les plaies doivent se panser, le réinvestissement se fait doucement, il reste une blessure. » p.90-91

« c’est un leurre de penser que l’on va réduire les souffrances de ces couples et familles en faisant le diagnostic plus tôt et en leur proposant l’avortement thérapeutique » p.91

« En cas d’interruption de grossesse, on est tenté de faire les choses dans la précipitation : bien souvent, le diagnostic à peine connu, le rendez-vous est pris pour le lendemain à l’hôpital. Il me semble qu’un ou deux jours pour prendre le temps de réaliser ce qui est en train de se passer et ressentir ses émotions ne seraient pas superflus. » p.91

« pourquoi faire une échographie du premier trimestre pour dépister des signes de fausse couche, pour laquelle on ne dispose d’aucun traitement ? » p.92

« la pratique médicale peut être envisagée autrement selon la culture et selon l’expérience de chaque praticien. » p.92

« Si un gynécologue laisse se faire une naissance par le siège et que le bébé décède, il aura tendant à faire dorénavant des césariennes. Cette réaction est tout à fait compréhensible sur le plan psychique, mais elle supprime la possibilité de choix pour les autres autres parents. » p.92

« l’évolution actuelle de la société et de la médecine est de refuser tout risque. » p.93

« Quelle que soit la position du bébé, on ne peut jamais garantir une sécurité totale, même en cas de césarienne. » p.93

« à l’heure actuelle, peu de professionnels savent évaluer la position d’un bébé par simple palpation. Ils ont besoin d’une échographie pour y arriver. » p.93

« Lorsqu’on utilise les mains pour localiser et diagnostiquer la position du bébé, on interroge la maman pour savoir de quel côté elle sent surtout bouger le bébé ? De quel côté sent-elle son dos ? Cette complicité respectueuse entre le professionnel et la femme reconnaît leurs compétences mutuelles. » p.94

« La démarche échographique semble ignorer le vécu sensoriel et émotionnel du bébé et de sa mère. » p.94

« nous connaissons mal les effets des ultra-sons et des infra-sons sur la santé et surtout à long terme. Cela devrait nous inciter à la prudence et à ne pas multiplier ces examens au-delà de l’indispensable. » p.95

« Une étude autrichienne, publiée en 1993, conclut que les bébés qui ont été exposés à des échographies répétées durant leur vie fœtale, sont plus petits en moyenne que ceux qui n’en ont pas subies. Une étude scandinave trouve plus de gauchers chez les enfants qui ont eu plusieurs échographies. » p.95

« L’échographie peut être mal vécue par les femmes. Souvent l’échographiste se contente d’être un bon technicien et ne tient pas compte des attentes mises en jeu lors de l’examen. » p.95

« L’obligation de résultat imposée à cette technique rend parfois l’examen douloureux et intrusif à cause des pressions exercées par les sondes. » p.95-96

« Un des effets de l’échographie est certainement de dépersonnaliser et de chosifier l’enfant. Il y a souvent un choc, né de la rencontre entre l’enfant intérieur, fantasmé, imaginé par les parents et celui qu’on peur présente au cours de l’examen. » p.96

« Une femme qui accouche prématurément est aussi prématurée que son bébé : elle n’a pas eu le temps de déconstruire son bébé imaginaire pour laisser la place à ce bébé réel, venue trop tôt … » p.96

« Michel Soulé qualifiait l’échographie d’ « I.V.F. » (interruption volontaire de fantasme). L’échographie coupe le champ des possibles. L’image du bébé se fige ainsi que l’imaginaire de ses parents. » p.97

« lorsqu’on parle avec les parents et qu’au cours de la conversation, on change d’interlocuteur en s’adressant au bébé dans le ventre, celui-ci manifeste, par des modifications de son rythme cardiaque, qu’il a bien perçu que l’on s’adressait à lui, et il marque sa préférence pour la vois qui lui parle. Que ressent le bébé lors des examens qui l’abordent comme un objet et parlent de lui en termes de poids, taille, pourtour thoracique ?  Lui, si avide de communication, que perçoit-il quand il est observé avec cette grande distance affective ? » p.99

« tous ses organes de ses sens sont fonctionnels au troisième trimestre : il voit, entend, goûte, discrimine, marque ses préférences, et son sens du toucher est précis. » p.99

« Il arrive fréquemment que, lors d’un échographie pratiquée pour vérifier un point précis, lorsque les parents s’adressent au bébé en lui demandant de montrer la partie de son corps qui devrait être examinée, celui-ci réponde à leur demande, car il existe un dialogue parents-bébé. » p.99

« L’échographie peut être bien vécue grâce au dialogue : expliquer, accompagner, prévenir le bébé. Trop souvent les bébés, comme les adultes d’ailleurs, ne sont pas traités avec respect et empathie. » p.99

« Je ne suis pas sûre que ce soir une question de sécurité, c’est davantage une question de maîtrise, avec une illusion de sécurité. Quand on déclenche un accouchement à cause d’un retard de croissance chez un bébé de six mois, celui-ci est de toute façon en danger, qu’il soit dans le ventre ou à l’extérieur. » p.101

« Quel est le sens de cette maîtrise pour l’être humain ? Apporte-t-elle le bonheur? Est-on mieux avec soi-même et avec les autres ?  Connaissons-nous davantage de bien-être dans notre environnement?. J’aurais tendance à répondre par la négative. » p.102

« Au cours du premier trimestre, la tolérance aux nausées, à la fatigue, aux douleurs ligamentaires est très variable d’une femme à l’autre. » p.102

« Actuellement, le médecin devient la seule personne de référence, au détriment de cette transmission [de femme à femme] puisque c’est la médecine qui détient tout le savoir. Les femmes enceintes sont souvent isolées, ne connaissent pas grand chose aux processus physiques et psychiques de la grossesse et acceptent mal ces petits maux qui ne font pas partie de la grossesse idéale ! » p.103

« La grossesse est un moment de création d’espaces à tous les niveaux de l’être. Espace dans le corps, dans le cœur, dans la tête pour réfléchir sa vie autrement, en tenant compte du bébé qui arrive. On n’est plus la même personne après la venue de l’enfant. C’est une métamorphose qui nous bouleverse autant si pas plus que l’époque de notre adolescence. » p.103

« Enceintes, les femmes sont confrontées à la non maîtrise, à quelque chose d’inéluctable. Le processus, quand il a démarré, ne peut être arrêté, parce que je deviens mère, quelle que soit l’issue de la grossesse. C’est ineffaçable. Parfois cette perte de maîtrise fait peur. » p.104

« La consultation prénatale devrait être un espace de paroles, un lieu d’échanges et de contenance pour le couple et le bébé. C’est un lieu de prévention » p.104

« Les angoisses, ce côté inéluctable de la grossesse entraîne nécessairement de l’ambivalence. » p.104

« Chacun considère qu’à l’heure de la contraception et de l’avortement dépénalisé, la femme enceinte devrait rayonner de bonheur et ne pas douter de son choix. Or, beaucoup de femmes expriment une dualité » p.105

« On pourrait dire que les vomissements du premier trimestre concerneraient plus l’acceptation de la grossesse elle-même et les contractions celle d’un rythme différent. Le problème ne se pose plus dans les termes d’avoir envie ou pas d’être enceinte, mais plutôt dans ceux d’assumer ce que cela implique. » p.105

« Arrêter sa contraception pour avoir un enfant prépare à l’idée d’une grossesse, ce qui n’était pas le cas avant. Cette acceptation consciente au départ pourrait expliquer la diminution de la fréquence des vomissements observée actuellement. » p.105

…à suivre…

« Accordage : terme psychologique qui décrit le processus d’adaptation de la mère au bébé. » p.260

« Anténatal : concerne ce qui se passe avant la naissance. » p.260

« Circulaire du cordon : enroulement du cordon ombilical autour du cou du fœtus. » p.260

« Maternalité : terme psychologique décrivant le processus de devenir mère. » p.262

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