HalimaDoula écriture

La durabilité dans l’accouchement

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Ce lundi 3 juin 2019, j’ai assisté à une conférence donnée dans une renommée école bruxelloise de sage-femmerie (de l’anglais « midwifery »). Ce fut un concours de circonstances assez surprenant qui m’y mena. Ayant au départ épinglé l’événement dans mon agenda par curiosité, me voilà assise au milieu d’une classe de sages-femmes en exercice et étudiantes, de tous âges, face à une femme qui dégage une grande sagesse.

Sage-femme, autrice, professeure. Je ne la connais pas. Je n’ai jamais entendu parler d’elle ou de sa pratique. Je ne sais même pas quel est réellement le sujet de ce soir. Et pourtant je suis là, car j’étais destinée à assister à cette conférence qui va autant faire vibrer mes croyances profondes que remettre en questions mes connaissances. Je vous partage donc quelques enseignements récoltés au long du passionnant exposé de Verena Schmid. Tout le contenu repris ici est sa propriété et ne peut être utilisé sans mention de son nom. Je vous invite aussi à découvrir sa biographie (en anglais) à l’adresse http://verenaschmid.eu/en/.

Le sujet de la conférence, je l’ai à peine lu, en fait. Je viens là sans trop savoir à quoi m’attendre. J’ai été appelée à assister à cette conférence, je fais confiance. L’exposé est intitulé (je traduis de l’anglais): « La salutophysiologie, la durabilité dans l’accouchement : le besoin d’un nouveau paradigme pour les soins par la sage-femme ». Autant dire que je me sens quelque peu étrangère au public présent, entièrement composé de sages-femmes avides d’écouter cette semble-t-il grande dame. Pourtant, dès qu’elle commence à parler, je sais que je suis à ma place. Le bon endroit, le bon moment. Une montée d’hormones de plaisir fait pétiller mon cœur et fonctionner mon esprit à plein régime. Je reprendrai donc ci-dessous des extraits de la conférence selon ma compréhension du discours de Verena Schmid.

Le principal ennemi de la grossesse et de l’accouchement, c’est la détresse.

HalimaDoula Verena Schmid new model

La salutophysiologie et la salutogenèse présentent une vision féminine de la sage-femmerie, qui s’oppose au modèle actuel masculin et patriarcal. Les valeurs masculines de performance et de combativité sont omniprésentes. Les valeurs féminines sont bafouées. Mais qui fait les bébés? Les valeurs féminines dans le milieu de la sage-femmerie sont bien plus liées à la durabilité que les valeurs masculines précédemment citées.

HalimaDoula Verena Schmid table

La durabilité en sage-femmerie, c’est de se soucier des ressources disponibles pour nos bébés et pour les générations futures. Cette considération est absente des naissances médicalisées répandues aujourd’hui. Ces dernières détruisent les ressources des bébés (clampage précoce du cordon ombilical), leur santé (ignorance quant aux conséquences à long terme des actes médicaux sur la santé des adultes en devenir), et celles des générations futures (influence plausible de ces actes médicaux sur les capacités reproductives des générations futures).

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On constate que les femmes d’aujourd’hui ont moins de ressources que celles des générations précédentes. Elles ont des grossesses en santé, mais ont plus de probabilités de présenter des pathologies. Il semble qu’il y ai une corrélation entre la baisse des ressources des femmes et l’augmentation de la médicalisation de la grossesse et de l’accouchement.

Le suivi médical de la grossesse et de l’accouchement implique de trop nombreuses interventions sur des femmes et des bébés en santé. Les risques de dommages sont inévitables. Bien que ce modèle médical soit précieux pour 10% des femmes, il n’est pas pertinent, voire ne fonctionne pas, voire est dangereux pour les 90% restant, celles-ci devant être considérées selon la salutophysiologie. De plus, le modèle médical depuis sa création jusqu’à aujourd’hui ne propose pas de solution pour les problèmes qu’il cause, ce qui engendre la souffrance des femmes, des bébés, mais aussi des médecins et sages-femmes eux-mêmes.

Le modèle médical est pathophysiologique et basé sur deux paradigmes. Le premier paradigme est patriarcal, prédominant et hiérarchique. Il consiste à contrôler la femme et le bébé sans pour autant être basé scientifiquement. On retrouve par exemple ici le monitoring permanent et la position gynécologique. Le second paradigme est basé sur la science et les preuves scientifiques. Il pourvoit des soins pertinents quand ils sont nécessaires et présente une plus grande symétrie entre la dyade mère-enfant et le corps médical. Cependant, ces deux paradigmes, bien que déjà différents, restent concentrés sur le risque. Ce modèle médical promet la sécurité mais est générateur de peur. Le corps médical, figure experte, est au centre du modèle. La sécurité dépend du contrôle sur la femme et l’enfant. Le rapport au corps est entravé.

Le modèle salutophysiologique, lui, met la femme et l’enfant au centre de ses préoccupations. La sécurité est assurée quand la femme est en situation de contrôle dans et par son corps, au moyen de ses intuitions, émotions, instinct. La figure d’accompagnement aura pour mission de ramener la femme à son corps par le toucher, le mouvement, la parole et la participation: « comment se passe la naissance, comment se sent ton bébé? ».

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Les ressources dont Verena fait mention sont principalement la Mère, liée à et symbolisée par la Terre, d’où l’importance de donner plus de valeur et de paroles aux mères pendant la grossesse et l’accouchement selon ce qu’elle appelle « le code maternel ».

 

Dans les sociétés, anciennes ou actuelles, qui veulent donner aux nouveaux-nés des valeurs guerrières, coupent le cordon ombilical à la naissance et lève l’enfant au ciel (oui, comme dans la scène d’ouverture du Roi Lion). Ces gestes engendrent chez l’enfant des sentiments de peur et de violence qui resteront imprégnés en lui/elle tout au long de sa vie. À l’inverse, les groupes ethniques pacifiques ne coupent pas le cordon. Le bébé est posé à terre à sa sortie de l’utérus, la maman le regarde puis le prend sur elle. Au-delà de l’histoire, des croyances et de la culture, l’empreinte donnée à la naissance des enfants est principalement aujourd’hui question de choix.

La nature de la naissance est dynamique. Une force vitale traverse le corps et l’esprit de la mère et de l’enfant à naître. Cette force vitale de la femme s’exprime à travers l’énergie sexuelle féminine, la motivation, la passion, le plaisir, la beauté, le jeu, l’expansion, l’évolution. Cette énergie est une pulsation entre « contraction » et « expansion », entre tension et relâchement. Il y a une circulation d’énergie dynamique et constante. La physiologie de l’accouchement doit donc être vue et vécue comme dynamique. Or, actuellement, dès qu’une femme ou un bébé présente un symptôme, le modèle médical prend le dessus. Par conséquent aujourd’hui dans nos contrées, 60% des grossesses sont considérées à risque! Cependant, une femme peut ressentir des symptômes et son corps peut très bien fonctionner et pallier à ceux-ci. Les mères et leurs corps veulent le succès, leurs ressources compensent la majorité des symptômes.

Le travail normal est une préparation à la vie elle-même.

Un bébé en position postérieure exprime la peur, le petit bassin rétrécit et l’enfant se tourne. Traiter la peur permet d’ouvrir le petit bassin et de permette à l’enfant de se (re-)mettre en position antérieure.

La meilleure manière de se connecter à une femme est par le travail du corps « BodyWork ».

Image de la femme démembrée (Pierre de Coyolxauhqui): les seins et le ventre sont les seules parties rattachées, limitant la femme à ses fonctions de reproduction et d’allaitement. Couper la femme lors de l’accouchement (épisiotomie, césarienne) revient à la couper symboliquement, à autoriser cet archétype de contrôle sur elle, son corps, ses rôles dans la société. Cependant, la femme est en mouvement dans un cercle, ce qui laisse présupposer le long processus de la (re-)naissance.

 

Verena Schmid nuance les propos de Michel Odent quand il dit que la femme étant un mammifère, son néocortex doit être inactif « déconnecté » pour que la femme puisse donner naissance facilement. Verena dit plutôt que c’est ce même néocortex qui permet d’appréhender la naissance de manière consciente.

La salutophysiologie voit la santé au travers de l’adaptation de la physiologie, de l’environnement psycho-social, et du terrain émotionnel de la mère. Cela sur base de signaux cliniques, comportementaux, émotionnels. Elle évoque alors le « instinctive coping » que je traduirais par « la gestion intuitive du stress ». Cette gestion est involontaire, régulée par l’ensemble des systèmes du corps et des systèmes d’adaptation du cerveau humain vers plus de contraction/tension ou vers plus d’expansion/relâchement. Elle est enfin influencée par nos croyances, conflits, traumas, par nos pensées et nos intuitions.

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D’où l’importance d’intégrer à l’accompagnement des femmes enceintes et des accouchements le travail par le corps, la relaxation, l’art et la visualisation, dans le but d’améliorer la détente, l’expansion et donc le bien-être.

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« La détresse est le premier ennemi de la santé dans la grossesse et la naissance. »

« La détresse affecte la santé primale »

HalimaDoula Verena Schmid cortisol

En effet, le stress inhibe l’énergie, qui dès lors s’écoule hors de portée de la mère. Il faut donc créer l’opportunité pour que les femmes reprennent leur pouvoir.

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